Le 18 décembre 1944, les Américains traversent la frontière et prennent Medelsheim, mais n'y resteront que jusqu'au 25 décembre 1944. Puis ils se retirent à Uttweiler (Sarre) , emmènent tous les habitants qu’ils transfèrent à Marseille. Ces derniers ne rejoindront leur village qu'en automne 1945. Les Américains se replient. Le 15 mars, la 3ème US Division d'Infanterie doit attaquer les Allemands à 1h du matin, mais le général Burres décide d'attendre 5 h et ce sera le 15ème Régiment d'Infanterie U.S qui sera chargé de libérer Ormersviller. Le P.C. des Allemands se trouve dans la maison de Georges Vogel qui est invité à aller habiter avec sa famille dans cave située à côté de la maison. Pendant toute la journée du 15 mars, la bataille fait rage, et dans le nuit du 15 au 16 mars Ormersviller est enfin libéré par les Américains. Les familles Georges Vogel et Bruhl. Les seules restées sur place sont enfermées dans la cave de l'école de filles à 6 heures du matin le 16 mars 1945. A 14 H. on ouvre la porte, et tout le monde est invité à monter dans un G. M.C. Tout le monde a peur de subir le même sort que les habitants d'Uttweiller. desquels on n'avait pas encore de nouvelles à cette époque. Le camion prend la direction d'Epping, mais est arrêté au croisement près de l'église par les occupants d'une jeep, venant de Volmunster. Après une courte discussion, entre soldats américains, tout le monde est prié de descendre, ils sont libres.
Les deux familles s'éloignent doucement du camion, chacune retourne dans sa maison. Les Allemands sont partis, Ormersviller est à nouveau un village libre. Georges Vogel devient à nouveau propriétaire de sa maison. Le front s'éloigne. le 17 le régiment qui a libéré
Ormersviller sera à Hornbach et le 18 à Contwig près de Deux-Ponts.
Ormersviller, comme la plupart des villages du Pays de Volmunster sera libéré le 16 mars 1945. A partir de cette date. Tout le monde aspire à nouveau à tout reconstruire et à recommencer. Hélas, seuls peuvent rentrer ceux qui ont une maison habitable. C'est le quartier de Selven qui a le moins souffert, et ce seront eux qui sont rentrés les premiers. D'abord, tout le monde vient à bicyclette constater les dégâts et l'état de la maison abandonnée six ans auparavant.
Le spectacle est désolant, pratiquement toutes les maisons sont plus au moins endommagées. Certains logeront d'abord dans la cave, avant d'avoir mis la maison hors d'eau. D'autres attendront la réfection du toit ou la construction des baraques que l'Etat met à la disposition des habitants sinistrés dès novembre 1945.
Été Pour l'administration de la commune, Roger Fridici, Sous-Préfet de Sarreguemines, met en place une commission municipale, présidée par Gérard Andrès. Victor Klein, sera vice-président, seront également membres de cette commission : Georges Vogel , Jacques Meyer, Joseph Meyer, cordonnier, Pierre Nicklaus et Nicolas Paltz.Ils I sont revenus les premiers car leur maison étaient habitables Les élections municipales seront fixées au 1 er novembre 1945 et Gérard Andrès, a été élu maire.
Au printemps 1946, le quartier des baraquements est installé de part et d'autre de la route de Volmunster à la sortie du village. D'un côté les habitations, de l'autre les étables et les hangars. Ces quatre grandes baraques abritent 15 familles et les prisonniers de guerre. Il n'y a ni électricité, ni eau courante.
En décembre 1945, Mme Barret de Rémelfing ouvre l'école dans une chambre du premier étage de l'école de garçons. le culte a lieu dans la salle de classe du rez-de-chaussée . L’Abbé Jean-Pierre Karp occupe le logement de service de l'école de filles, occupée par les religieuses avant guerre. La cloche de la chapelle Saint Joseph est installée sur un chevalet contre le mur de l'école.
En somme, les deux bâtiments retrouvent leur destination première: avant 1835, l'école de garçons servait d'église, et l'école de filles de presbytère.
Pendant cette première année scolaire, souvent les élèves n'ont pas classe. Au courant de l'année. Mme Barret est remplacée par Mme Schaff de Hanviller.
A la rentrée du ler octobre 1946. Joseph Weissend de Bliesbruck est nommé instituteur de l'école qui est transférée dans l'école de filles. L’entrée est située à côté de l'abreuvoir où toutes les vaches et chevaux du secteur viennent s'abreuver deux fois par jour. Par temps de pluie en hiver, une couche de 3 à 5 cm de boue recouvre le sol devant l'abreuvoir. La rue est la cour de récréation. Ceci est possible, car. à cette époque personne ne possède une voiture automobile. La seule qui passait était celle du médecin de Volmunster qui ne venait que lorsque le malade était presque à l'article de la mort. Les seuls assurés sociaux sont les ouvriers.
Les paysans ne rentreront dans l'assurance de la mutualité que vers 1960.
L'entreprise Fickinger de Welferding est chargée de raser les maisons destinées à être reconstruites. Les moellons ont été entassés sur des tas rectangulaires et les déblais seront transportés par wagonnets tirés par un cheval conduit par Antoine Andrès au lieu dit "Hasenberg". situé derrière le cimetière. Les prisonniers de guerre avec leur "P.G." sur le dos, sont chargés de déminer les champs. De plus, ils aideront les familles dans les travaux agricoles en attendant leur libération.
Les chevaux et le baraquement
L'Etat attribue aux cultivateurs des chevaux, des vaches et des machines proportionnellement à la taille de l'exploitation. Les paysans vont les chercher à la gare de Petit-Réderching.
Pendant l'été 1946, le téléphone est installé, c'est Ernestine Vogel qui gérera la cabine publique. Puis en automne de la même année, l'éclairage électrique remplace: la lampe de pétrole et la bougie. L'eau courante ne viendra que vers 1950.
Les ménagères cherchent l’eau avec des seaux ou des bidons de lait à la fontaine publique. Tout le monde vit dans un état de précarité, et pourtant personne ne se plaint. Tout le monde se réjouit de chaque amélioration. Pendant cette période, les cartes d'alimentation limitent la consommation, personne ne se plaint du fameux pain à la farine de maïs.
Les dossiers de dommages de guerre sont rédigés, et dès 1948, la reconstruction des maisons commence. Elle se terminera vers 1960. Les baraques sont alors démontées.
Du 1er septembre 1939 jusqu'à la fin de la reconstruction, les habitants d'Ormersviller, ont vécu des heures tragiques comme beaucoup de Mosellans et d'Alsaciens. De plus en raison de leur langue, ils ont été mal considérés par les Français de l’Intérieur, car ils parlaient la langue de l’ennemi. De plus, ils ont été méprisés et chicanés par les Allemands. Actuellement, pour la première fois leur bilinguisme est devenu un atout, un patrimoine trop souvent négligé.
Aucune région de France n'a été autant maltraitée que ces 18 communes, dont 13 du Canton de Volmunster et 5 du Canton de Bitche, où les habitants ont été évacués, trompés, bannis, dispersés, dépossédés, asservis et sinistrés lors de la dernière guerre mondiale. Personne ne le sait, sauf ceux qui l'ont vécu. Parmi leurs habitants, les résistants, les insoumis et partisans, les déportés. les malgré-nous, les victimes civiles et militaires, les sinistrés ont été très nombreux. Par contre, les collaborateurs ont été très rares.
D'ailleurs, René Cabroz, historien militaire, résistant et ancien de la Brigade Alsace-Lorraine écrit: " Il n'y a pas une région française ayant payé un si lourd tribut à sa patrie entre 1940-1945 et si cher à sa libération. Et s'il y a eu des collaborateurs en régions annexées (Alsace-Moselle) l'histoire de l’épuration nous enseigne qu'ils ont l'exception et bien moins nombreux qu'à l'intérieur. Les habitants de cette région n’ont de leçon à recevoir de personne ».
Une des voix qui s'éleva contre cet état de fait fut celle de l'Abbé François Goldeschmitt dans son fameux sermon du 3 août 1941 à la grand Messe en l'église de Dieuze où il soulève le problème des "Bitchois" devenus malgré eux des " siedlers".
André Pierron, chargé des réfugiés de l'arrondissement de Sarreguemines fera un rapport sur la situation en 1945; « On parle beaucoup des habitants du Pays de Volmunster, d’abord évacués, puis revenus pour être expulsé dans le Saulnois en novembre 1940, mais l'on ne fait rien pour eux. (les habitants du Pays de Volmunster, anciens Siedlers) Je les ai rencontrés, ils sont plus misérables et plus miséreux, moralement et physiquement que tous les autres, parce qu'ils ont tout perdu pour la troisième fois, et ne savent pas qui s'occupera d'eux, car rien ne leur donne le sentiment que quelqu'un y songe.
Ce problème est le plus grave des problèmes des réfugiés de toute la France."
Et pourtant André Schutz. nommé instituteur à Volmunster en janvier 1946, où la situation était identique, me disait récemment:
"A mon arrivée, tous les habitants étaient pauvres, sans ressources, ils recommençaient à zéro. Pas un seul s'est plaint"
Les habitants du Pays de Volmunster, en 1945, ne seront plus les mêmes qu'en 1939. Ils sont heureux de retrouver leur village après six ans de pérégrination à travers toute la France. Pout tout service qu'on leur demandait, ils étaient menacés de déportation.
Tout cela a transformé leur coeur et leur mentalité. Ils évoquent très rarement cette période, car ces épreuves inutiles les ont marqués et leur ont donné un courage et un esprit d’entreprise qui transformera leur façon de vivre et de travailler.
Volmunster, le 26 février 1995