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Les tribulations de Hans Schmidt, prisonnier des Russes.


Hans Schmidt, 92 ans, habite actuellement à Brenschelbach (Sarre) un village limitrophe d’Ormersviller en Moselle. A 17 ans il a dû intégrer la Reichsarbeitsdienst, puis il a été mobilisé. Après les classes, il a été envoyé en Prusse orientale.  Son unité a été attaquée par les Russes. Fait prisonnier, il devra travailler durant trois ans dans une mine de charbon en Ukraine du 17 avril 1945 au 29 avril 1948.

Reichsarbeitsdienst


 Hans Schmidt lors de notre entretien

      Hans Schmidt est né le le 20 juillet 1926 à Beckwiller (Sarre). Son père a été commerçant et a tenu une épicerie à Brenschelbach. Hans y a fréquenté l’école communale, puis a fait des études de droguiste à Zweibrücken puis à Homburg. Elles   seront interrompues   le 15 décembre 1943 par l’envoi   au Reichsarbeitsdienst (RAD Service du travail du Reich) à Lebach (Sarre)


Hans Schmidt militaire


La RAD est une organisation de l'appareil du pouvoir national-socialiste du Troisième Reich  des années 1933 à 1945. À partir de juin 1935 chaque jeune homme et jeune fille a été obligé d’effectuer   un service de travail  obligatoire de trois mois qui a précédé le service militaire.  Hans a fait six mois supplémentaires pour suivre une formation sanitaire. 
- Quand j’ai été libéré du R.A.D. j’ai pu  rentrer à la maison.  Mon appel sous les drapeaux  m’attendait déjà chez mes parents.

Mobilisation

- Je suis appelé à rejoindre Heidelberg. D’où avec d’autres  appelés, je rejoins en train la  Tchécoslovaquie pour faire les classes durant six semaines. Je suis ensuite envoyé à Insterburg en Prusse orientale.  Mon régiment, la 349 ème Volksgrenadier-Division,  a été stationné en face du front russe. Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1945, les Russes  nous ont attaqués. Nous avons battu en retraite, puis les Russes nous ont à nouveau  attaqués les 28 et 29 mars,  puis  notre division a été entièrement encerclée à Heiligbeil. La division  a été entièrement anéantie.

Sur la carte  de la Prusse  orientale, les points oranges représentent les villes  où Hans Schmidt a stationné

Sauve qui peut

Certains réussissent à quitter  le port  et traverser la lagune dans des radeaux de fortune  et rejoignent Pillau. Les survivants sont affectés à la 21 ème Infanterie-Division. 
- Nous rejoignons Peyse à pied où nous sommes à nouveau encerclés.
 Notre commandant de compagnie nous a rassemblés et nous a dit: 
«  Nous sommes dans une nasse, et il nous est impossible de s’en sortir. Pour éviter un bain de sang supplémentaire, je propose à ce que nous déposions les armes et sortions du fort avec le drapeau blanc. Toutefois, celui qui n’est pas d’accord  peut sortir et se battre contre les Russes. » 

- Nous avons tous déposé les armes et sommes sortis du  fort pour  nous rendre. C’était le  17 avril 1944  à 10 h du matin à Peyse. 

Tout de suite, les Russes nous ont  confisqué d’abord les montres, puis tout le reste. Ensuite, les prisonniers ont  marché plusieurs jours  pour rejoindre Koenigsberg où ils les ont enfermés dans   une halle de l’abattoir. Pour satisfaire leur faim, ils leur ont donné de la soupe avec des feuilles de chou et du pain sec. 

Départ  pour le Donbass

- Après 15 jours, nous avons  quitté Koenigsberg en train. Ils nous ont enfermés dans  des wagons à bestiaux. Un trou dans le plancher a servi de toilettes. Nous avons débarqué au Donbass après plusieurs  jours de voyage où  nous avons rejoint   un camp de prisonniers .


La carte de correspondance servait a écrire aux parents et à répondre
Le Donbass est un bassin houiller, partagé entre l'Ukraine et la Russie, situé entre la mer d'Azov et le fleuve Don. Notre camp se trouve à Krasnyj Lutsch. C’ est une ville minière de la région de   Louhansk, en Ukraine. Sa population s’élève actuellement  à 82 765 habitants.

Le camp n° 256

Le camp pouvait contenir  entre 20 000 à 30 000 prisonniers. Il était occupé  de juin 1944 à 1949. Alors que les uns ont été  logés dans des baraques, d’autres ont habité des blockhaus et des bâtiments en  pierre. Partout, des punaises étaient présentes. Quand on les écrasait, elles dégageaient une très mauvaise odeur. 

Sous-alimentation

- Comme dans la plupart des camps,  nous avons été   sous-alimentés et l’eau a été rare, de plus  nous avons été maltraités par les gradés, ils ont distribué de nombreux coups et nous avons  subi beaucoup de  mauvais traitements.   A l’hôpital N°5952 situé sur un ancien puits, les médicaments et les pansements ont manqué. De plus, l’hygiène   laissait  à désirer et l’alimentation a été insuffisante. Après sa fermeture en 1947, les malades  ont été transférés  dans un hôpital spécial à Karachasch. 

Nombreux décès

Les maladies ont causé de nombreux décès.   
En novembre et décembre 1944, 1 600 sont morts  de la fièvre typhoïde, 3 500 de la dysenterie, de dystrophie et de refroidissements. A partir de 1946, les  morts étaient enterrés dans de petits cimetières, car le grand cimetière a été nivelé pour le cultiver et y   construire des maisons.  

La vie dans le camp

La visite médicale mensuelle des prisonniers

Tous ont dû  travailler   8  h heures par jour dans la mine de charbon, sur trois postes. Pour vérifier, si les hommes  étaient  encore capables d’assumer le poste, une fois par mois , tous passaient nus devant un médecin qui les pinçait dans la cuisse. C’était très humiliant. Ils ont été  rasés sur tout le corps, sauf ceux qui ont joué au théâtre. A  partir de mars 1946, les prisonniers ont eu le droit  d’envoyer une carte à la maison et la même servait pour répondre. Une bibliothèque a été ouverte et parfois certains ont  présenté des pièces de théâtre. Lors des représentations  les officiers et sous-officiers, accompagnés de leurs épouses, sont  venus y assister.
- Les vêtements  ont beaucoup manqué . Les sous-vêtements en lin n’ont été lavés qu’une fois par mois. Après le travail nous avons eu  le droit de prendre une douche. 
La mine de charbon a donné un salaire pour chaque prisonnier. Hélas, personne ne le touchait, car cet argent servait à payer les frais de pension.

Le travail

Les prisonniers ont travaillé par trois postes de huit et par équipe de 10. Quand l’équipe a été complète, chacun a eu droit à un jour de congé tous les 10 jours. Si l’un de l’équipe a été malade,  le congé décadaire était supprimé. Cela arrivait très souvent.
-  J’ai eu droit à un séjour à l’hôpital de Karachasch, car j’étais anémique. Ce sont des médecins prisonniers qui nous ont soignés.

Le courrier

- A  partir de mars 1946, nous avons eu le droit  d’envoyer une carte à la maison et le verso servait pour répondre. A partir de 1946, les  morts ont été enterrés dans de petits cimetières. 




Le grand cimetière a été nivelé pour le cultiver et y   construire des maisons. Le 22 novembre 1947,  12 hommes ont été libérés après internement. Le 23 octobre  1949, 1 200 ont été renvoyés dans leurs foyer. En septembre 1949,  entre 500 et 600 prisonniers ont été transférés à Woroschilowgrad

Libération

- Un jour, j’ai dû me présenter au beau  administratif. C’est  là qu'on m’a annoncé que j’avais été proposé pour être libéré avec neuf autres camarades. La liste  a été affichée au réfectoire durant dix jours. 
En disant au revoir à mes camarades, l’un d’entre d’eux, m’a glissé un billet de 50 marks dans la main. Je me demande encore aujourd’hui comment il a fait pour en avoir. Comme personne ne s’y est opposé, nous avons pris le train pour Francfort-sur-l’Oder dans un wagon à bestiaux non cadenassé. A notre arrivée, nous avons eu notre certificat de libération avec un peu d’argent. C’est à Francfort, que l’on a pu changer les roubles reçus à la libération en Mark. Alors qu’un rouble valait 2 marks, on nous a seulement  donné 65 Pfennig. 

Débriefing

- Certains ont pu rentrer de suite, hélas j’ai dû rester avec d’autres, car nous avons encre  été débriefés à Idaoberstein. Quand ils m’ont libéré, j’ai envoyé un télégramme pour annoncer mon retour. Mes parents ont envoyé un ami pour me chercher avec un char à bancs à Zweibrucken. Hélas on ne s’est pas croisé. Arrivé, à Zweibrucken, je suis rentré à pied en suivant la voie de chemin de fer, et c’est à 23 h que mes parents m’ont accueilli avec beaucoup d’émotion.  

Une guerre inutile

- En fin de compte, cette guerre était vraiment inutile. Hitler, se prenant pour un sauveur a réussi sa politique, car en Allemagne il y avait six millions de chômeurs. Dès le départ, Hitler avait de mauvaises intentions, Il prétendait être protégé par la Providence, car aucun attentat n’avait réussi à l’éliminer. De plus, cette guerre nous a obligés  à nous battre contre des amis que nous avions en Lorraine et particulièrement au Bitcherland. 

Telle est la conclusion de Hans Schmidt, qui a été sagard à Scierie Rauch durant toute sa vie, alors que son épouse tenait le magasin d’alimentation.

Propos recueillis en mars 2018 par Joseph Antoine Sprunck

Crédit photos: Hans Schmidt et Joseph Antoine Sprunck

  


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