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Saga d'une famille transfrontalière du Bitcherland




En visitant le cimetière d’un village,  l’histoire des familles y transparaît à la lecture des épitaphes.  Dans ceux de la région frontalière du Pays de Bitche, ce ne sera pas le cas. La plupart des maisons du village et les pierres tombales sont d’après guerre. Les maisons  séculaires sont aussi rares que les anciens monuments funéraires. Pourtant ces villages ont tous plus de dix siècles d’existence, malgré toutes les vicissitudes de la guerre, dont ils eurent à souffrir. Ils sont déjà cités dans de nombreux  écrits médiévaux. Malheureusement beaucoup d’écrits ont été brûlés lors des nombreuses guerres ou invasions. C’est pourquoi pour retrouver des traces de la famille Sprunck du Pays de Bitche, on ne peut guère aller plus loin que la guerre de Trente Ans. Période noire pour notre région où la population, qui en réchappa, se résumait à quelques personnes par village, survivants misérables, vivant dans une région considérée comme l’une des plus pauvres de Lorraine.
Alors que les Auvergnats n’ont connu que deux occupations, celle de Jules César en 52 avant JC et celle des Allemands en 1940, il n’en fut pas de même pour la Lorraine, protégée par aucun élément naturel, comme c’est le cas de la Bretagne. Depuis les Romains, les invasions et les guerres se succédèrent,  les unes après les autres dans notre région frontalière.
Un paysan d’Ormersviller me disait un jour qu’il avait juré en 1939 de ne plus retourner sur cette  maudite frontière, et pourtant, en 1940 il y revint, en fut expulsé, spolié et exproprié après quelques semaines. Il sera  transplanté dans le Saulnois sur la nouvelle frontière de la France occupée, et en 1946 encore, l’appel de la  terre le fit revenir à Ormersviller, malgré des conditions précaires.
Grâce à de nombreuses recherches généalogiques, la consultation des archives communales, départementales ou régionales, les nombreuses monographies,  l’histoire de notre région se précise de plus en plus et nous permet de mieux connaître la vie de nos ancêtres et celle de nos villages. 
Depuis le 19 ème siècle les Sprunck se sont dispersés  dans les différents départements. On en trouve beaucoup au Luxembourg et en Allemagne. des Sprunck ont émigré aux Etats-Unis.

Une famille de laboureurs

Après de nombreuses recherches, nous avons découvert que les garçons de la  famille Sprunck sont  laboureurs de père en fils. Quatre se sont démarqués particulièrement: 
Guillaume Sprunck, laboureur, rescapé de la guerre des Trente Ans sera l’ascendant de très nombreuses familles de part et d’autre de la frontière; 
Jean Sprunck, laboureur, aubergiste et maire, le fondateur de la poste royale et française d’Altheim; 
Jean Georges Sprunck, laboureur,  maire de Schweyen et membre   du district de Bitche, opposant à la chute de la royauté à la date du 10 août 1792, recherché par le Comité du Salut Public, puis emmené  par le Duc de Brunswick comme otage. Il n’est jamais revenu.
 Roger Sprunck, maire d’Ormersviller de 1974 à 1995. Grâce à ses contacts  Dieter Schmied, maire de Brenschelbach (Sarre) de très bonnes relations existent entre les différentes municipalités frontalières.



Étymologie  du nom “Sprunck”

La racine étymologique vient du nom “Sprungmann”, qui en langue alémanique signifie “danseur”. Le nom connaît des adaptations régionales dont la plus répandue est en Suisse, sous l’appellation “Sprünckli”.
Le nom existe en Allemagne centrale où c’est souvent un lieu-dit. L’ancien patronyme se rencontre sans “k” : Sprunc. La première trace écrite de ce nom  se trouve à Kirschheim près de Stuttgart . Il s’agissait d’un juge “ Waltherus dictus SPRUNCK anno 1372”.
En Alsace-Lorraine, Sprunck désignait au Moyen Âge un lieu topographique ou un lieu-dit, notamment “La source qui coule avec rapidité”.
L’armoirie est enregistrée dans l’armorial général alémanique sous le chapitre 561.


Guillaume le  survivant

Dans un acte notarié de Sarreguemines de l’année 1680 (page 148) on cite Wilhelm Sprunck, domicilié à Obergailbach.
Jacques Sprunck, fils de Wilhelm Sprunck, épousa Eve Buchheit d’Altheim. Peut-être prit-il son père âgé avec lui à Altheim en 1662.
Dans le registre du Tribunal de Deux-Ponts figure un acte notarié établi le 7 août 1662: Wilhelm Sprunck et Anne von Altheim (Héritage de Mathessen Thomann de Bliesdalheim) vendent une maison à Jakob NEU de Thalheim et à Christine.
Le 6 septembre 1685, Jacques  Sprunck d’Altheim vend à Breitfurt des biens, qu’il a hérités de son père Wilhelm Sprunck à Rudolf Hunds Ecker.
On peut en déduire que Wilhelm Sprunck  était originaire d’Obergailbach, et que son épouse Anna, née Thomann  était de Bliesdalt heim ou de Breitfurt.
Wilhelm Sprunck, laboureur , seul survivant de la famille, décimée lors de la guerre de Trente Ans et de la peste qui se déclara dans la région en 1627, était né au début du siècle.
Dès 1630, la Lorraine fut dépeuplée  non seulement par la famine, mais surtout par la peste et les guerres. “ Elle devint, écrit dom Calmet, le théâtre de tous les maux dont l’esprit humain se peut former l’idée, et il sembla que la colère de Dieu eût envoyé sur le malheureux pays tous les fléaux de sa vengeance”.
Pendant la guerre de Trente Ans, toutes les troupes qui passèrent,  firent de notre région un champ de ruines. Tout fut pillé et des villages entiers furent détruits et rasés. 
En 1638, “Les derniers survivants devaient être déportés dans les vastes déserts d’Amérique” . Grâce à l’intervention du maréchal de la Force auprès de Louis XIII,  ce plan fut abandonné. Vers 1661  les derniers survivants  reviennent dans les villages détruits. ” En 1677,  le maréchal de Créqui fit démolir et brûler tous les villages autour de Bitche” d’après Henri Martin. Ce ne sera que vers 1680 que la vie reprit normalement  dans le Pays de Bitche. 

Altheim, le berceau de la famille Sprunck

Vers 1640   Wilhelm Sprunck avait  probablement  épousé Anna (Thomann). De cette union, nous trouvons dans les registres la seule trace de Jacques. Peut-être que d’autres enfants étaient nés. Vu les conditions difficiles de cette période, nous  supposons qu’ils sont morts en bas âge. D’autant plus que d’après les registres, nous pouvons constater que le pourcentage de la  mortalité   est encore très élevée au 18 ème siècle. Wilhelm Sprunck mourut le 6 octobre 1693 à Altheim.
Son fils Jacques , né vers 1640, décède  le 21 mars 1704. Il avait  épousé vers 1670 Eve Buchheit, fille de Jean Buchheit et de Christine. Eve décède  le 24 mars 1694.
De cette union sont nés sept enfants: 
Marguerite épouse  de Jean Rausch, 
Anne Marie épouse de  Martin Weis, 
JeanJean époux de  Christine Kühn,
Anne épouse de Everling, 
Jean Grégoire époux de  Catherine Bubel, 
Jean Adam époux de  Marie Dalheim,  
Guillaume. 
Jean Adam, laboureur, né vers 1668,  épousa le 3 mai 1718 à Altheim Madeleine Dahleim, décédée le 9 décembre 1760 à Altheim. Jean Adam mourut le  jour le l’Epiphanie, le 6 janvier 1743 à Altheim. Il avait assuré les fonctions de maire et de président du tribunal d’Altheim. Jean Adam sera enterré  en l’église paroissiale d’Altheim, probablement en hommage des nombreux services   rendus à la paroisse. Sa tombe se trouve sous le choeur actuel, qui était la nef de la première église.

Une famille  nombreuse

Nous nous arrêterons particulièrement à la lignée du frère de Jean-Adam,  Jean Grégoire, laboureur    né vers 1671, et qui décédera le 20 mars 1753 à l’âge de  82 ans. Il a épousé le 14 juillet 1705 Catherine Bubel, née en 1684 et décédée le 27 août 1754. De cette union sont nés dix enfants:
Jean Adam né le 3 septembre 1706, 
Jean Jacques  né le 3 février 1709
Anne-Marie  née le 25 mai 1710
Marguerite    née en 1714 + le 24 octobre 1784, épouse Matthias Schifferrer le 25 janvier 1747
Anne-Catherine  née en 1716 + le 12 décembre 1786, épouse le 20 janvier Adam Sismut
Nicolas   né en 1717 + le 4 novembre 1785, épouse le 27 août 1753 Suzanne Florsch  
Gertrude  née le 13 juillet 1718
Jean Matthias né le 16 juin 1724
Jean né le 25 juin 1727 + le 26 mai 1782, épouse le 1er février 1751 Catherine Wack, née le 11 novembre 1731 à Rubenheim, fille de Paul Wack et de Catherine Lux
Elisabeth née le 8 octobre 1729 + le 20 janvier 1763 épouse le 24 octobre 1749 Michael Gehrer
                                                                                                                                                                                     
Altheim devient allemande

En 1577 Thierry Alix, le président de la Chambre des Comptes de Lorraine avait fait un inventaire détaillé du Comté de Bitche: la mairie d’Altheim avec Ober- et Niedergailbach en faisait partie. D’ailleurs dans la forêt d’Altheim existent encore des bornes avec la croix de Lorraine. Au début du 17ème siècle, la mairie d’Altheim faisait toujours partie du comté de Bitche qui comptait 68 localités. Le 8 février 1606, un accord entre la maison de Hanau et celle de Bitche précise le rattachement officiel du comté à la Lorraine. En 1678, par le traité de Nimègue, la France restitue la Lorraine  à l’Empereur d’Allemagne, mais Louis XIV, par subterfuge, créa   les Chambres de Réunion. Celle de Metz décidera l’annexion de Deux-Ponts , de Sarrebruck et du comté de Bitche le 24 octobre 1680. 
Par un nouveau traité le 21 janvier 1718, la Lorraine est devenue à nouveau souveraine du Pays de Bitche. Par les accords signés le 3 octobre 1735 et le 11 avril 1736, le duché de Lorraine est cédé au roi de Pologne Stanislas Lesczinski, beau-père de Louis XV, et par un traité secret signé à Meudon en 1736, Stanislas dut accepter que son futur duché soit secrètement administré par la France, par un chancelier, chargé d’appliquer les instructions du roi de France. Après de nombreuses tractations entre la maison de Leyen, de Blieskastel, et la France, Altheim et Niedergailbach ont été échangés contre d’autres villages par un traité signé le 17 septembre 1781 au château de Blieskastel. Ce traité mis en application le 23 mars 1783, ne fut pas approuvé par le gouvernement de l’Empire, ni par les habitants d’Altheim qui déclarèrent: ”Nous voulons être et rester Lorrains.”     Altheim retournera   sous administration française le 9 mars 1793  jusqu’au traité de Paris signé le 30 mai 1814, repris par celui du 20 novembre 1815 et la convention du 9 mai 1825 . La frontière deviendra un obstacle de telle sorte que chaque branche familiale se développera de part et d’autre et sera un frein aux échanges familiaux . C’est seulement depuis quelques années que quelques contacts ont été repris.

Jean Sprunck,   maître de poste

Avec ce petit aperçu  historique, nous comprenons mieux pourquoi une poste royale française est ouverte le  8 juin 1748 à Altheim.   Jean Sprunck, laboureur, âgé de 21 ans, a acheté la concession auprès du duc de Lorraine à Lunéville, et ainsi il aura le privilège d’être dispensé de payer des impôts. Le maître de poste, à cette époque est une personne, souvent un chevaucheur sédentarisé, qui tient un relais de poste aux chevaux. Il fournit, moyennant certains avantages, des relais aux voitures de l'administration des postes. Il dirige plusieurs personnes autour de lui : domestiques, postillons, valets et lingères. Nous supposons que la première poste était  dans la maison paternelle trop petite pour abriter les nombreuses activités. 

Jean Sprunck construit une nouvelle poste

Il décide  de  construire une nouvelle poste avec ses propres deniers. Il acquiert de très nombreuses parcelles pour avoir un terrain de 40,30 ares au croisement de la route de Brenschelbach et de celle de Riesweiler, à quelques pas de l’église du village. 



La poste d'Altheim construite en 1754 a été très endommagée en 1939/1940. Tombant en ruine en 1970, elle fut rasée et le terrain est devenu une aire de jeux communale.




Panneau mis en place par Helmuth Lambert à l'emplacement de la Poste

Ce bâtiment  comprenait deux étages.Il construit parallèlement à la poste un grand bâtiment agricole relié à la poste par une remise où l’on attachait les chevaux pour les nourrir. C’est une véritable maison de maître. Maître de poste, il épouse   le premier février 1751,  la fille du maire de  Rubenheim, Catherine Wack. A partir de 1756, il ouvre une auberge, qu’il cédera plus tard à son fils Pierre. Il sera maire d’Altheim de 1770 à 1775. 

Le blason

De telles postes étaient uniquement implantées dans le comté de Bitche à Altheim, Bitche, Rimling et Rohrbach. Il restera maître de poste jusqu’en janvier 1768. La poste devint à une époque  la mairie de la commune.

Le  début de la poste

A Volmunster, un bureau de distribution de poste n’ouvrira que le 18  novembre 1844, et le 1er janvier 1846, il sera  transformé en recette postale. Avant cette date la voiture postale venant de Bitche   empruntait la voie romaine, l’actuelle voie rapide, prenait le chemin qui aboutit à la rue du Postillon à Eschviller et déposait le courrier au château d’Eschviller. Dans le tableau des bureaux de poste, desservis par Bitche sous Napoléon 1er, il est indiqué que la poste d’Eschviller  est à 1,3 myriamètre de Bitche. (Un myriamètre est égal à 10 km)
Ce fut son fils Pierre, né le 3 mars 1758, qui épousa le 18 juin 1782 Catherine Fabing, née le 5 mars 1761 à Schweyen, qui prit la succession, mais il meurt prématurément le 9 juin 1793 à l’âge de 35 ans. La veuve épousera le 10 mai 1802 le maire d’Altheim Jean Wolter, qui agrandira en 1813 le bâtiment de l’ancienne poste. La maison avec deux portes d’entrée sera partagée en deux. Jean, le fils aîné reçut la poste qu’il vendit en 1829 à Jean Georges Motsch de Neualtheim. La fille aînée  de Jean Wolter,    épousa Jean Bitsch et reçut la partie neuve du bâtiment  Dans leur grenier étaient déposés jusqu’en 1939 de nombreuses archives de l’ancienne poste et un tampon avec les lettres MA. Tout cela disparut pendant la dernière guerre. Jusqu’en 1939, ce bâtiment, situé  dans la rue de Brenschelbach était la propriété de la famille Gustave Wack. Le grand jardin d’agrément, entourant la poste, était clos avec un mur d’un mètre de hauteur, entrecoupé de deux portes cochères,   permettant aux voitures postales d’entrer et de sortir sans faire de demi-tour.  

Une belle enseigne

Un des  piliers de la porte cochère portait l’enseigne connue sous le nom de “Altheimer Posthausschild”, réalisée en 1754 en langue allemande et française. 
Sur un côté était peinte une voiture postale attelée, 


avec l’inscription: “A la poste roiale”.  


L’autre côté représentait deux postillons et trois fleurs de lys, avec la date 1754. Les trois fleurs de lys rappellent l’appartenance au royaume de France. En octobre 1979, la poste allemande émit un timbre de la face allemande, et le 13 novembre 1980 un autre de la face française, avec tampon spécial à Altheim. La voiture postale venait de Bitche, en passant par   Riesweiler et descendait le chemin du Billenberg et traversait la Bickenalb au gué de la “Tränk”, étant donné qu’à cette époque il n’existait pas de pont. Il ne sera  construit qu’en 1771 . Ce gué, situé à 50 m en amont du pont actuel,  utilisé actuellement encore par les exploitants agricoles , donnait tout de suite accès par l’arrière à la cour. Pour repartir, la voiture postale utilisait la deuxième porte cochère.La poste fut fermée en 1781, et l’enseigne disparut sous la révolution vers 1793. Elle fut retrouvée en 1912 au grenier  de la famille Bitsch   qui la vendit à un ferrailleur israélite de Deux-Ponts pour 25 Marks. Ce dernier entra en contact avec Paris et Berlin pour la revendre à bon prix. Mais avant de pouvoir la vendre, il mourut. Ce fut définitivement le musée impérial de Berlin qui l’acquit. Après la deuxième guerre mondiale, elle rejoignit le musée postal de Frankfurt am Main. Actuellement elle est exposée au musée postal de Bonn.

Destruction de la  poste

Au début de la deuxième guerre mondiale, la maison de la poste  fut tellement endommagée, qu’on voulait la raser, mais en raison de sa valeur historique, elle fut restaurée. Mais lors des combats de décembre 1944 à mars 1945, le bâtiment fut à nouveau très endommagé, à telle enseigne qu’une partie après l’autre s’écroulèrent.
En 1973, la place de la poste fut transformée par la commune en une belle aire de jeux. A l’arrière ont été construits, les ateliers municipaux. En mémoire de cette poste royale, la commune a apposé une plaque commémorative avec la date 1754 - 1939 . Sous la forme d’un blason le côté de l’enseigne postale en langue allemande y figure également. Un panneau   a été fixé au coin de la place pour expliquer l’origine de cette belle aire de jeux.

Jean Georges, le maire déporté

Jean Sprunck, laboureur, maire, cabaretier et maître de poste, eut  de son union avec Catherine Wack   sept enfants:
- Barbe née le 6 juin 1752
- Jean Georges né le 2 janvier 1756 épouse le 7 novembre 1775 Madeleine Fabing née le 27 février 1758 à Schweyen. Elle décède le 8 août 1804. Il s’installe à Schweyen où il devient maire en 1790.
- Pierre né le 3 mars 1758, épouse le 18 juin 1782 Catherine FABING, née le 5 mars 1761, il prend la succession de son père à l’auberge, mais meurt à 35 ans le 9 juin 1793.
- Jean François né le 7 mai 1764
- Jean  né le 29 janvier 1768
- Joseph né le 19 février 1770
- Catherine née le 2 février 1773

Jean Georges Sprunck, maire de Schweyen et administrateur du District de Bitche

Les deux fils aînés de Jean Sprunck, épouseront deux soeurs Fabing de Schweyen.  Ce sont les filles de Jacques Fabing, laboureur, né le 2 octobre 1730 à Bettviller, décédé le 1er juin 1787 à Schweyen. Il avait épousé le 21 janvier 1755 à Loutzviller (Paroisse) Anne Eve Conrad, fille unique âgée de 15 ans. Elle était née le 9 mai 1740, elle perdra son père à l’âge de 16 mois le 27  novembre 1741. 
Jean-Georges Sprunck, laboureur , devint en 1790, le premier maire élu de Schweyen, administrateur au conseil général du District de Bitche qui comprenait les cantons de Bitche, Breidenbach, Lemberg, Rohrbach, Volmunster et Bouquenom (Sarre-Union).

La Terreur 

En décembre 1793, en plein régime de la Terreur, arrive à  Bitche   Balthazar Faure,   représentant du peuple à l’armée de la Moselle et de la Meurthe,  né en 1746 en Haute-Saône, élu député de son département sous la Convention, chargé de la levée extraordinaire des chevaux en Lorraine et ayant les pleins pouvoirs pour procéder à l’épuration des mauvais républicains, le climat  était devenu très tendu dans le Pays de Bitche. La mission principale de Faure consistait à ”procéder à la régénération des districts, des municipalités et des tribunaux de l’Est”. Il est aidé par son adjoint  Lafond, qui terrorise toute la région, à tel point que ce dernier est surnommé le “monstre sanguinaire”.  Quand Faure fait son rapport au Comité de Salut Public le 19 décembre 1793, il  décrit la région: ”Je n’ai pas connu de meilleur peuple que le Lorrain, et il est aisé de le former à la liberté; mais il faut épurer les autorités constituées du pays.” Il charge aussitôt cinq citoyens “de rechercher tous les abus qui peuvent exister dans toute l’étendue du District.”  

Epuration au Bitcherland

Balthazar  Faure va faire arrêter toutes les personnalités suspectées d’activités contre-révolutionnaires et arrêter le culte catholique.  Ainsi il  avait  joué  un très grand rôle dans la déchristianisation de la campagne en faisant disparaître les signes extérieurs du culte, en obligeant les prêtres à renoncer à leur sacerdoce, en arrêtant les derniers réfractaires. Il préside aux fêtes du décadi et des victoires de la République  “pour renverser le piédestal du fanatisme et de la superstition.” 
Par un arrêté, Balthazar Faure avait créé un Tribunal révolutionnaire à Nancy le 18 décembre 1793, qui était chargé d’envoyer “expéditivement” à la guillotine tous les suspects dénoncés par les comités de Surveillance du département de la Meurthe ou qui lui seront envoyés par le Représentant du Peuple.
Dès   le  4 janvier 1794, il prend deux arrêtés   contre seize citoyens, dont huit administrateurs du  District   de Bitche:-
- Alex Fennard, procureur,  syndic  du District de Bitche, arrêté, condamné et guillotiné à Paris
- Dominique Knoepfler, notaire à Bitche, arrêté, condamné et guillotiné à Paris
- Pierre Henry,   greffier du tribunal de Neusarwerden , arrêté,  condamné et guillotiné à Paris 
- Matthieu Blass, épicier et cultivateur à Bouquenom, arrêté, condamné et guillotiné à Paris 
- Jean Kempf aubergiste à Bouquenom a émigré
- François Bichelberger, vicaire résidant de Schorbach a émigré 
-Jean Vogt, marchand de bois à Volmunster, pris en otage 
-Jean-Georges  Sprunck, laboureur et maire de Schweyen, pris en otage.
Faure leur reproche en particulier  d’avoir critiqué la prise des Tuileries le 10 août 1792 qui avait causé  la chute de la royauté.

Soutien au roi Louis XVI
En effet, les signataires du District de Bitche avaient adressé le texte suivant aux députés de l’Assemblée Législative:

“ ... Forts de notre civisme, forts de nos sentiments qui ont toujours été la plus fidèle image de la Constitution, nous ne craignons pas de les exprimer hautement. Si la vertu d’un petit district offusque vos tribuns, si elle choque les plus vils sous le nom de patriotisme que leurs âmes perverses ont depuis longtemps abjuré, la saine et majeure partie de la France, oui, l’univers entier applaudiront....
Nous couvrons du voile du silence le plus méprisant la journée du 10 août où une horde de scélérats s’est portée sur le Château des Tuileries, l’asile sacré de la personne du Roi, chéri des vrais François. En gémir c’est tout ce que nous devons faire, mais à portée de Paris, nous eussions éteint de notre sang la même mèche allumée dans l’enfer.”
L’acte d’accusation définitif rédigé par Faure leur reproche “d’avoir fait et signé une adresse tendant à détruire les sociétés populaires et anéantir la liberté.”Sur les huit prévenus, seuls quatre seront emmenés à  Paris pour y être jugés, le 13 mai 1794. Ils seront condamnés à mort et guillotinés le lendemain.

La déportation par les Prussiens

Les quatre autres n’avaient pas pu être arrêtés, car l’aubergiste Jean Kempf, de Bouquenom et l’abbé François Bicheberger, vicaire résidant à Schorbach avaient émigré. Jean Vogt, marchand de bois de Volmunster et Jean Grégoire Sprunck, maire de Schweyen ont été emmenés en otages par les Prussiens, après leur coup de main à la citadelle de Bitche le 16 novembre 1793. Ayant perdu 520 soldats et  24 officiers, les Prussiens emmènent et emprisonnent dans la forteresse de Ehrenbreitstein en Prusse orientale 36 otages civils de la région de Bitche et de Volmunster, dont 4 membres de la famille de Vitztum du château d’Eschviller: la baronne Marguerite, ses deux filles et son père Philippe de Doering. Ce dernier y mourut le 16 août 1794. Marguerite ne revint qu’en 1797 alors qu’elle était gravement malade.   Après 18 mois de déportation, les otages survivants  furent libérés.  Hélas  Jean-Georges Sprunck ne revint pas. Il est pratiquement sûr qu’il est  mort en déportation. 
Exactement 150 ans plus tard, un de ses descendants directs Alphonse Vogel, fils de Georges Vogel et de Marie-Thérèse Sprunck, originaire d’Ormersviller, mourut également  en déportation en Allemagne pour avoir refusé d’être incorporé dans l’armée allemande. Pour l’un comme pour l’autre, on ne retrouve aucune trace écrite de leur décès. Les faits se répètent étrangement sur cette marche de l’Est.

Maire de père en fils    
                                    
Son fils Pierre-Jean, laboureur, né le 8 mai 1777 à Schweyen épouse le 31 mars 1799 Anne-Marie Meyer, née le 20 janvier 1780 au moulin de Bliesbruck. Il sera lui aussi maire de Schweyen jusqu’au 23 janvier 1813, date à laquelle la commune devient annexe de Loutzviller.  Il sera alors maire de la municipalité de Loutzviller-Schweyen jusqu’à son décès. Dans les registres d’état civil, il signera Sprunck, et inscrira dans la boucle en-dessous du nom, “ père”, pour la naissance d’un de ses enfants.  Pour les autres actes, il y inscrira “maire”. Il meurt, le 22 mars 1814, alors que son neuvième enfant Pierre, né le 1er février 1814 aura 7 semaines.
Il a neuf enfants, dont six garçons. Son fils  Jacques né le 20 février 1802 épousera à Loutzviller Marie Eve Henner, originaire de Rolbing où, le couple se fixera.  Deux de ses fils, Nicolas et André  reviendront se marier à Schweyen, le premier épousera Anne-Marie  Hauck, dont l’une des filles, Marie-Catherine née le 10 mai 1883, est la belle mère de Aloyse Conrad, maire de Schweyen  jusqu’en 1987.

François Sprunck épouse une fille d’Ormersviller

L’aîné François, laboureur, né le 5 octobre 1800, à Schweyen, épousera le 18 avril 1826  Anne-Marie Meyer  d’Ormersviller , née vers 1807. Ils auront neuf enfants et sont les ancêtres de toute la lignée des Sprunck d’Ormersviller, dont Roger Sprunck, Maire d’Ormersviller de 1974 à 1995. Grâce à ses contacts avec ses collègues  allemands, de très bonnes relations existent entre les différentes municipalités frontalières.
Situés de part et d’autre de la frontière à 2 km, à partir du 1 er janvier 1957 les habitants d'Ormersviller et Brenschelbach devaient faire un détour de  10 km de jour et 25 km de nuit pour se rencontrer, car le poste  frontière  de la gare de Brenschelbach était fermé de nuit. C’est à cette époque que de nombreux frontaliers commençaient à travailler en Allemagne et étaient astreints à ces détours  C’est à la suite de la première rencontre en 1973, des anciens combattants du 32 ème régiment d’infanterie de Tours  que Roger Sprunck, maire d’Ormersviller et Dieter Schmidt, maire de Brenschelbach, ont décidé de s’unir  pour tenter d’infléchir les autorités gouvernementales  pour autoriser aux frontaliers d’utiliser le passage de la frontière sur la route d’Altheim. Ce sera en mai 1982 que les ouvriers frontaliers auront le droit d’emprunter la route d’Altheim. 

  Jean-Joseph Sprunck était maire d’Ormersviller de 2001 à 2008. Il a aussi assuré la présidence des Amis de la chapelle Saint-Joseph et du FC Ormersviller.

Volmunster, le 13 novembre 2019

Joseph Antoine Sprunck

Fait partie de la 10 ème génération de Guillaume Sprunck

Sources: 
  • Archives municipales d’Altheim, Schweyen, Loutzviller et Ormersviller 
  • Archives de Sarreguemines
  • 700 Jahre Altheim de Helmut Lambert

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Katia, la guide, nous accueille le samedi matin pour la visite de la capitale


Place Saint Georges



De  nombreux espaces verts avec des statues en bronze. Dans les églises,  il n'y a que des icônes, mais en ville on rencontre beaucoup de personnages en bronze.




 Il est midi, des marionnettes sortent de la tour




 Tbilissi est arrosé par la Koura


 Les bains turcs


Le bâtiment de la sécurité


Sur  un mont dominant la capitale se dresse les relais des communications. On y accède en funiculaire et on peut  prendre un repas dans le restaurant contigu.

Les tribulations de Hans Schmidt, prisonnier des Russes.

Hans Schmidt, 92 ans, habite actuellement à Brenschelbach (Sarre) un village limitrophe d’Ormersviller en Moselle. A 17 ans il a dû intégrer la Reichsarbeitsdienst, puis il a été mobilisé. Après les classes, il a été envoyé en Prusse orientale.Son unité a été attaquée par les Russes. Fait prisonnier, il devra travailler durant trois ans dans une mine de charbon en Ukraine du 17 avril 1945 au 29 avril 1948.
Reichsarbeitsdienst

Hans Schmidt lors de notre entretien

Hans Schmidt est né le le 20 juillet 1926 à Beckwiller (Sarre). Son père a été commerçant et a tenu une épicerie à Brenschelbach. Hans y a fréquenté l’école communale, puis a fait des études de droguiste à Zweibrücken puis à Homburg. Elles seront interrompues le 15 décembre 1943 par l’envoi au Reichsarbeitsdienst (RAD Service du travail du Reich) à Lebach (Sarre)

Hans Schmidt militaire

La RAD est une organisation de l'appareil du pouvoir national-socialiste du Troisième Reichdes années 1933 à 1945. À partir de juin 1935 chaque …