De tout temps, les hommes ont laissé des messages, à leur examen, se mesure la dimension d'une civilisation.
Quels sont les "messages" que nous ont laissés nos ancêtres les plus proches ?
Ils sont de deux sortes.
- les vieilles pierres, calvaires, encadrements de portes, etc...
- les écrits, je n'ose dire littérature.
Les vieilles pierres - Mais qu'en est-il des écrits en dehors des traités d'histoire? Il y a très peu de chose, presque rien, et pourtant grâce à Eugène Heiser, directeur d'école, je viens de découvrir un document émouvant.
L'histoire est touchante par sa simplicité, elle pourrait presque commencer par "il était une fois"
A Guiderkirch (près de Rimling) vivait un homme simple du nom de Jacques Koch. Père de 7 enfants, il était de ceux qui ressentaient le besoin de laisser un message et rédigea une chronique locale qu'il a tenue à jour de 1742 à 1766. Il remplit ainsi 130 feuillets qu'il prit bien soin de relier et pour que ce message passe à la postérité il l'emmura au moulin de Guiderkirch situé près de l’église.
Découvert en 1920 lors de la transformation du moulin, où est-il aujourd'hui? je l'ignore. Ce dont je dispose est un commentaire, avec de nombreux extraits rédigés peu de temps après (1920) par l'Abbé Stauder, originaire de Gros-Réderching. Le commentaire, par endroit, a presque autant de saveur que la chronique même, à croire que plus de temps nous sépare de 1920 que 1920 nous sépare de 1742.
L'abbé Stauder a eu la délicatesse de reproduire les extraits intégralement dans leur forme. C'est ainsi que nous constatons que Jacques Koch a écrit sa chronique en patois sarregueminois avec une orthographe de son invention, par exemple: Brossession (Procession), Bidch (Bitche), Deschardeng (Desjardin), Suwassion (Subvention), etc...
A sa lecture il me paraît intéressant de présenter une étude du pays de Bitche échelonnée sur trois siècles.
Les chroniques et les textes nous apprennent avant tout ce que furent les "problèmes" de ces hommes et la diversité de leurs préoccupations.
Aujourd'hui nous sommes à la recherche d'une nouvelle pensée, d'une nouvelle société, lui Jacques Koch écrit
"Den 20 jenger 1750 ist der Hans Jockel Ber sindikus (maire) geworden » (le 20 janvier 1750 Hans Jockel Behr est devenu syndic.)
Notre étude englobe le 18 ème, 19 ème et 20 ème siècle
de notre région vers 1700? Elle faisait partie de la Lorraine depuis 1299.
La Lorraine était gouvernée par les Ducs issus de Gérard d'Alsace. Ce duché, d'abord convoité par les Ducs de Bourgogne qui au I5e siècle possédaient les Flandres et la Bourgogne est au 17e, le terrain d'affrontement des intérêts français et de l'Empire. La Lorraine n'avait d'autre politique possible que celle de la neutralité. De 1552 à 1624 les duchés lorrains connurent une paix relative.
Les divisions intérieures de la France fournirent à Charles III, Duc de Lorraine, l'occasion d'intervenir dans la politique du royaume où des cadets de la Maison de Lorraine, les Guise, jouaient un rôle de premier plan. Lorsque Henri de Navarre (futur Henri IV) fut devenu l'héritier présomptif de la couronne de France, le duc Charles lIl esquissa même une candidature au trône de France. Il mena une politique de conquête, cependant Metz resta fidèle au roi de France, par intérêt autant que par haine des Lorrains. Successivement les comtés de Blâmont, Sarrewerden, Châtel-sur-Moselle et Bitche avaient été réunis au Duché. Son successeur Henri II (Duc de Lorraine) pratiqua une politique analogue. Vint ensuite Charles IV en 1624. De nombreux historiens lui imputent les malheurs de la Lorraine. Ce dernier, ayant refusé l'alliance française en 1624 prit le parti de l'Autriche, au lieu de continuer la politique de neutralité de ses prédécesseurs. La Cour de Nancy apparaissait comme un centre où se nouaient les intrigues qui, à l'extérieur comme à l'intérieur, menaçaient le pouvoir et la politique de Richelieu.
Au départ la guerre de 30 ans concernait l'Empereur (Parti catholique) et les Suédois (Parti protestant). Richelieu, pour des raisons politiques, se fit l'allié des Suédois au grand étonnement des catholiques (N'oublions pas que nous sommes en pleine guerre de religion) Charles IV, Duc de Lorraine, est allié à l'Empereur -
Résultat : la Lorraine est envahie par les Suédois puis par les mercenaires de France et en dernier par les mercenaires de leur propre Duc.
Bilan : Charles IV abdique en 1634 (Nancy est pris par Louis XIII) puis revient sur son abdication.
En 1635 la Lorraine « a été inondée par l'écume de toutes les bêtes dont parle l'Apocalypse, savoir l'écume de toutes les nations" (Beauveau).
Tous les princes lorrains s'enfuient et laissant pendant plus d'un demi-siècle leur pays à l'abandon saigné et brûlé par les mercenaires. La Lorraine a été envahie de nombreuses fois. La dépopulation atteignit des proportions catastrophiques.
Plus de 80 villages disparurent complètement.
Le traité de Ryswick (1697) avait rendu les duchés au Duc Léopold fils de Charles V. Les ducs de Lorraine ne semblaient pas apprécier beaucoup leur Duché puisque Léopold désirait troquer la Lorraine contre une principauté, moins exposée. Son fils devenu duc en 1729, sous le nom de François Il prit possession des duchés en 1730 puis regagna Vienne où il épousa en 1730 Marie Thérèse, héritière de l'empereur Charles VI. Rosambert rappelle que le duc François III accepta de troquer ses duchés contre le grand duché de Toscane. malgré les supplications de sa mère la régente Elisabeth Charlotte et malgré les protestations indignées du Procureur Général de Lorraine. Bourcier de Monthureux. François III fut le dernier duc de Lorraine de notre ancienne dynastie issue de Gérard d'Alsace. Le comportement des ducs depuis un siècle exclut tout sentiment de regret. Il n'avait pas mérité du pays
La guerre de Succession de Pologne avait fourni une solution au problème. Lorrain. François III céda ses droits sur le Barrois et la Lorraine à Stanislas Leszezinski, candidat malheureux au trône de Pologne et beau-père du roi de France. A la mort de Stanislas, la Lorraine reviendrait à la France et à la mort du dernier Médicis. François III prendrait la Toscane. Par ce troc le traité de Vienne (1738) règlait la question lorraine.
Stanislas règna, mais ne gouverna point. Par la convention de Meudon (1736) il abandonna toute l'administration à un chancelier qui était en fait un intendant du roi de France : Chaumont de La Galaizière. Celui-ci fut très impopulaire. Il endossa la responsabilité de l'augmentation des impôts et la corvée des routes royales. A la mort du roi de Pologne (1766) le chancelier changea de titre et devint intendant. Le rattachement à la France fut réalisé.
La chronique de Jacques Koch s'étend de 1742 à 1766. Elle illustre ce passage du duché à la monarchie et ses répercussions sur la vie quotidienne.
De la Galaizière était connu du dernier paysan du pays de Bitche.
C'est ainsi que le paysan semait jusque dans les années 1970
Document écrit par Paul Mouzard
Bibliographie :
- NOMINE - Emigration de Lorrains dans le Banat
Cahiers Sarregueminois N° 6 - Avril 1968 - Jean SCHNEIDER - Histoire de la Lorraine -(Presses Universitaires de France)
- Georges SADOUL - Jacques Callot - miroir de son temps (Gallimard)

