Le 6 juin 1944, à l'annonce du débarquement des alliés en Normandie, diffusée à la radio, très vite la rumeur se propageait "Sie kumme ball" (Ils viennent bientôt)
La retraite des Allemands
Le 1 er septembre 1944, c'est la retraite générale des Allemands.
Dans tous les villages les "Siedler" allemands et bucoviens plient bagage et se mêlent aux convois militaires. et quittent la Moselle. Ils partent avec des chariots, remplis d'affaires appartenant aux Mosellans expulsés.
Photo DR
Les militaires réquisitionnent les bicyclettes, les chevaux et les vaches sous la menace des armes. Le Mosellan Jacques Meyer, refuse de livrer ses chevaux qui doivent être attelés à un véhicule transportant des munitions.
Les Allemands, poussent un chariot devant la maison auquel ils mettent le feu, alors que toute la famille est réfugiée dans la cave.
Les Allemands emmènent en otage leur fils Joseph, âgé de 5 ans, mais le relâchent à quelques kilomètres dans une forêt où un ami de la famille le retrouve pleurant au bord de la route. Il le reconnaît et le ramène à Manhoué où tout le monde le croyait perdu pour toujours.
Au milieu des combats
Toutes les familles mosellanes ont peur, car elles se trouvent au milieu des combats de la 35 ème Division U.S du Général Baade qui a déployé ses unités sur une vaste ligne allant de Han à Grémecy, en passant par Manhoué où deux familles d'Ormersviller habitent. Manhoué sera d'abord investi le 13 septembre 1944 par des soldats d'une C.C.A. de la 4ème DB du Général Patton qui commence l'encerclement de Nancy et la libère le 16 septembre 1944.
Les Américains obligent toutes les familles à rester dans la cave et seront gardées par des militaires. Le premier jour, tout le monde est silencieux, les habitants observent les Américains et vice-versa.
Tout à coup dans la cave de la famille Sprunck, le réveil se met à sonner dans une caisse déjà prête pour un éventuel départ. Le soldat prend peur, et arme son fusil, Antoine Sprunck par des gestes se fait comprendre que c'est un réveil. Le soldat sourit, on a eu chaud.
Problème de langue
Les Américains prennent tous les habitants pour des Allemands et parmi les civils des soldats allemands pourraient se cacher. La situation change, le jour où un soldat U.S. d'origine polonaise surprend deux Polonais qui se parlent. C'est l'explication et l'embrassade. Enfin, il y a un interprète, à partir de là tout change.
Tout le monde peut sortir de la cave et voir ce qui se passe. Les Américains, de menaçants sont devenus sympathiques. Ils distribuent des conserves du chocolat et du chewing-gum. Les jeunes peuvent visiter les chars. De plus ils ont distribué des feuilles avec phrases courantes en anglais, traduites en français en dessous. Et c'est ainsi que les Américains stationnés à Nancy les utilisaient avec la population.
Le 22 septembre au matin, c'est la contre-attaque du LVIII ème Panzerarmeekorps qui se retire le même soir.
Le 21 septembre, dès le matin, un char allemand revient à Manhoué. Jean Fischer, originaire d'Eschviller est en train de rentrer les canards qui trainent dans la rue. Arrivé à 50 m de Jean Fischer, du char allemand part un coup de feu qui le tue sur le coup sous les yeux des habitants à 9H30 du matin. Le char rebrousse chemin aussitôt.
Comme Jean Fischer est mortellement blessé, on envoie Aloyse Meyer, accompagné d'un jeune Polonais chercher le Curé Schilt. Ils arrivent à passer la ligne du front, mais n'ont pas pu revenir à Manhoué. Ils seront d'abord pris par les Allemands, puis Aloyse rejoint la famille à Meisenthal où Gérard, le frère d'Aloyse, était caché. Jean Fischer a été provisoirement enterré à côté de l'écurie, car au cimetière c'était trop dangereux. Les combats sont violents jusqu'au 30 septembre autour du village.
Réfugiés à Nancy
Au matin du 9 octobre, le front a reculé de quelques km et les Américains demandent aux civils de quitter le village à la nuit
tombante et de rejoindre à pied Aboncourt, d'où ils sont transportés en GMC à Nancy.
Faire un kilomètre à pied, ce n'est rien, mais marcher sous les tirs traçants réels d'artillerie n'est pas une sinécure. Les grandes personnes pleurent tout en marchant et en portant les valises. Les enfants suivent en portant également des objets indispensables. Dans cette caravane, marchent la famille Jean Fischer d'Eschviller
Jean Fischer de Volmunster, Jacques Meyer et Antoine Sprunck d'Ormersviller, Victor Drexler et Jean Meyer de Volmunster, la famille Gerber de Manhoué, Mlle Metzger, institutrice de Grosbliederstroff et les Polonais. Durant cette marche, personne ne fut blessé.
Réfugiés à Nancy
A Nancy, tous les réfugiés sont pris en charge par la croix rouge et le secours national. Mlle Metzger est l'intermédiaire auprès des administrations pour l'attribution d'allocation aux réfugiés, des tickets d'alimentation, etc... Ces réfugiés vivent plusieurs semaines dans les salles de l’Université, puis la mairie attribue deux chambres par famille dans un immeuble appartenant à une famille juive expulsée. Les meubles les plus indispensables sont attribués par la croix rouge et le secours national: un banc, quatre chaises, une table, une petite cuisinière, une armoire, de la vaisselle, un lit en fer par personne et des couvertures. C'est le strict minimum, mais cela suffit pour vivre indépendamment. Tout le monde passe l'hiver à Nancy où naît le 23 mars 1945, André Fischer, fils de Jean Fischer-Drexler. Pour se chauffer, les hommes vont chercher du bois dans la forêt dans un sac sur le dos.
Manhoué, ainsi que toute la région ne sera libéré que le 17 novembre 1944. Au printemps 1945, la plupart des expulsés retournent en Moselle.
Joseph Vogt, victime civile lors de la libération du Saulnois.
Joseph Vogt
Joseph Vogt, est "Siedler" à Kerprich-lès-Dieuze comme tous les cultivateurs expulsés du Pays de Volmunster. Lors de l'avance de la 26 ème Division U.S. qui attaque la région de Dieuze le 15 novembre 1944, il est tué par un éclat d'obus, alors qu'il va voir ce qui se passe dehors. Il est inquiet à ce moment-là, car dans son fenil, il avait caché 14 insoumis, depuis le l er septembre 1944. Il est enterré le 17, et pendant l'enterrement au cimetière, curieusement, les tirs s'arrêtent
et ne reprennent qu'après la cérémonie. Le 18 Kerprich sera libéré. Les Américains enferment toute la population dans l'église et les hommes dans le sous-sol des Salines de Dieuze.
Joséphine Vogt refoulée à Ormersviller
Le 19 septembre les Américains libèrent la population et le 20 Joséphine Vogt veut retourner à Ormersviller avec ses enfants et deux insoumis Jean-Pierre Fischer d'Ormersviller et Rodolphe Mallick de Spicheren.
Elle fait atteler deux chevaux à un chariot et prend la direction de Sarreguemines où elle passe la nuit dans sa famille. Le lendemain, elle arrive à Ormersviller où la famille Georges Vogel l'accueille et l'héberge. Les Allemands qui sont encore sur place et lui ordonnent de repartir. Elle trouve un gîte à Rimling où elle reste jusqu'à Noël, car la maison qu'elle habite s'effondre sous les bombes. Elle réussit à sortir de la cave, et décide de rejoindre Victor Klein à Meisenthal. Le Bitcherland n'étant toujours pas libéré, les Américains la ramènent avec sa famille au point de départ, à Kerprich le 26 janvier 1945. Mais à son retour, la maison qu'elle occupait, n'est plus libre, car le propriétaire est revenu. Finalement Nicolas Gross lui cède deux chambres.
Retour définitif de Joséphine
Après l'armistice, Robert Gaspard, le fiancé de sa fille Marie revient de captivité. Il retourne à Ormersviller en juillet 1945 et aménage trois chambres dans leur maison, détruite en partie. Toute la famille Vogt revient, le mariage de Marie avec Robert Gaspard sera célébré le 24 novembre 1945. Ce sera le premier acte d'état civil pour Gérard Andrès, le nouveau président de la commission municipale nommée par le Sous-Préfet et qui assure les fonctions de Maire. Alors que le mariage civil a lieu au Bureau de la mairie de l'école de garçons. Le mariage religieux sera célébré par l'Abbé Jean-Pierre Karp, Curé de la paroisse dans la salle de classe de l’école qui a fait fonction d'oratoire.
N.B. Le décret, en date du 23 juillet 1940, attribue au secours national le produit de la liquidation des biens des Français déchus de leur nationalité. Le décret du 4 octobre 1940, lendemain de la promulgation du premier statut des Juifs, place le Secours national sous la haute autorité du maréchal Pétain.
Joseph Antoine Sprunck
L'auteur et sa famille ont vécu l'évacuation à Nancy. A partir du départ de Manhoué, mes parents n'avaient plus de nouvelles de René jusqu'à son retour à Dieuze le 2 octobre 1945.