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Les Tumuli du bois d'Ormersviller

 Lorsqu'on se promène dans le Buchenbusch, le bois d'Ormersviller (sur le plan cadastral = Burboesch), on ne peut pas ne pas être frappé par la présence en certains endroits, de monticules de terre, au sommet souvent aplati, percés comme une meule de gruyère par les terriers des renards ou des blaireaux qui y ont élu domicile.

Ces "taupinières" géantes, géologiquement en contradiction avec le terrain plat qui les entoure, trahissent une origine artificielle, une origine humaine.


Photo JAS

Le tumulus dans la forêt d'Altheim

Mais dans quel but l'homme a-t-il érigé ces buttes ?

Pas pour l'élevage du renard. Non bien sûr ! Ces buttes sont des tumuli (Hügelsgräber) et le bois d'Ormersviller est en partie une nécropole. En effet ces monticules sont les tombeaux où reposent les restes d'habitants du pays, disparus depuis bien longtemps.

Le bois d'Ormersviller n'est d'ailleurs pas dans le Bitcherlnd le seul à jouir de ce privilège. On trouve également des tumuli dans le Grosswald à Schweyen, le Buchenbusch à Rimling, le Grossbirk à Rolbing où la route en a entamé un, le Nassenwald à Bousseviller, le bois de Waldhouse, le Kusterwald à Bining. Mais le bois d'Ormersviller renferme la nécropole la plus importante quant au nombre et à la taille des tumuli : une bonne vingtaine dont certains de 2 m de haut pour un diamètre de 20 m environ, alors qu'ailleurs leur nombre oscille autour de 5. En revanche, chez nos voisins allemands immédiats dans le bois d'Altheim on en dénombre pas moins de 54.

A ces questions une fouille minutieuse, conduite par desarchéologues confirmés, fournirait une réponse.

Mais faute d'autorisation de fouilles, de gens compétents et de crédits, c'est hors de question pour l'instant. Par bonheur, on a fouillé ailleurs de nombreux tumuli et partout on a fait à quelques détails près, les mêmes découvertes qui permettent de répondre en partie aux questions posées.

En forêt de Haguenau la fouille de plusieurs dizaines de tumuli a établi que ce mode de sépulture a règné dans le nord de l'Alsace, pendant la plus grande partie de l'Âge du Bronze (- 1800 - 725), avec un hiatus au bronze final, période des champs d'urnes, ainsi que pendant les Âges du Fer de Halstatt (- 725 - 450) et de la Tène (- 500 - 50), mais seulement pour la 1ère période (Tène ancienne I) pour cette dernière.

Et ces dates fournissent la réponse à la deuxième question, du moins pour les périodes de Halstatt et de la Tène qui sont les époques de l'expansion du monde celtique en Europe, des Pyrénées à la plaine du Pô, de la mer d'Irlande à la Bohême, avec même une pointe du côté de l'Anatolie.  Dans le bois d'Ormersviller comme dans la forêt de Haguenau "nos qncêtres les Gaulois" sont les uturs de ces mystérieux monticules.

Maintenant, en ce qui concerne les rites funéraires, selon les époques alternent inhumations et crémations, et on verra au Halstatt final 

(- 500) l'installation de sépultures dans des tumuli plus anciens de l'Âge du Bronze. De même au bois de Tange près d'Albestroff un tumulus Halstattien avait été réutilisé à l'époque gallo-romaine. Enfin, vers -350 (Tène ancienne II) l'inhumation sous tumulus disparait définitivement, sauf en réemploi comme au bois de Tange et elle est remplacée alors par la tombe plate.

Dans le cas de crémation, les cendres du mort sont contenues dans une urne de terre cuite et selon l'époque et le rang social du défunt, différents objets l'accompagnent dans la tombe.

Au Bronze ce sont des poteries tronconiques ou biconiques, des épingles, parfois un rasoir, des torques ou des anneaux de jambes. Au Halstatt, la poterie à panse ventrue accompagne les torques et les fibules. A la Tène, torques et fibules toujours. Inventaire non exhaustif. Dans les tombes les plus riches, perles d'ambre ou de corail et vases étrusques ou grecs témoignent, un millénaire avant notre ère, de relations commerciales avec des contrées bien lointaines: l'ambre vient de la Baltique, le corail de la Méditerranée, les oenochoès et les cratères de Toscane ou de Grande Grèce.

En ce qui concerne plus précisément notre région, outre la tombe de la princesse de Reinheim-Bliesbruck (Tène ancienne 1, -400), un tumulus a été ouvert dans le bois de Waldhouse clandestinement, et aucune publication n'est parvenue à notre connaissance. Dans le bois de Schweyen une urne a été mise à jour et depuis perdue, comme le relate R. Buchheit dans "Schweyen Documents et Témoignages". En revanche, sur les 54 tumuli du bois d'Altheim, 36 ont été fouillés, qui se sont révélés comme ceux de la forêt de Haguenau, être soit de l'Âge du Bronze, soit de Halstatt, soit de la Tène ancienne. Enfin, dans le bois de Rimling deux tumuli ont été fouillés par Flurer, en ouvrant une tranchée diamétrale, ce qui explique sans doute qu'aucune découverte n'ait été faite dans l'un d'eux, cette technique de fouille étant assez primitive et aujourd'hui abandonnée. Dans l'autre, à 1,30 m de profondeur (la hauteur du tumulus est de 1,70 m pour 15 de diamètre) on a trouvé des cavités délimitées par des plaques de roches calcaires vides, sauf une. Cette cavité renfermait des ossements brûlés, du charbon de bois et également un fragment d'humérus et un tibia ne portant aucune trace de passage au feu, on peut penser être en présence de 2 sépultures distinctes, une à incinération et une à inhumation, mélangées par les renards ou les blaireaux, hôtes du tumulus.

Ces deux rites funéraires distincts dans le même tumulus supposent soit un emploi à deux époques différentes du même tombeau, soit un bel esprit de tolérance de la part des populations qui l'édifièrent. Je pencherais volontiers pour la seconde hypothèse puisque outre ces débris humains, on y découvrit également les restes de deux vases tous deux de la même époque, c'est à dire de Halstatt.

Mais une dernière question se pose :

où donc habitaient les hommes qui ont érigé ces tumuli ?

Nous n'avons pas trouvé trace de leurs habitats. Si toutefois, comme la plupart du temps, tout le laisse supposer, c'étaient des Celtes, c'est à dire dans notre région, des Médiomatiques, leurs maisons en bois, torchis et toits de chaume, laissent peu de traces sauf circonstances exceptionnelles.

Mais très vite après la conquête romaine, ils ont adopté en partie le mode de vie de leur vainqueur, construisant en dur : murs de pierre et toits de tuile. Et vraisemblablement sur les mêmes emplacements où ils vivaient auparavant et où aujourd'hui on découvre les restes de villas gallo-romaines si abondantes dans le canton de Volmunster.

Un mot pour finir. Ces gallo-romains, ces gaulois, ces hommes de l'Âge du Bronze ne sont pas les plus anciens habitants du pays. A Ormersviller au lieu dit "Steinmächer" où git une villa gallo-romaine, ont été trouvés quelques silex taillés, prouvant que l'homme fréquentait déjà le pays d'Ormersviller, dès l'Âge de la Pierre.

André GORET

Volmunster.

Bibliographie :

  • L'archéologie en Alsace, Saisons d'Alsace n° 46.
  • 700 Jahre Altheim, Heimat und Grenzlandfest vom 6 Juni - 9 Juni 1975. H. Lambert.
  • Schweyen, Documents et Témoignages.
  • 



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