Grâce à la libération d'un poste, j’ai changé ma vie en 1963, pour un style plus bucolique.
Ayant eu le privilège d'assister à l'écriture d'une page de l'histoire de Volmunster, J'ai été marqué par la vie de ce village d'une empreinte indélébile. Et bien longtemps encore, on parlera de mon action et de mon style.
Né à Bitche en février 1939 dans une humble famille d’agriculteurs. Je n'avais pas un an qu'il fallut partir en Charente, chassé par la guerre et ses horreurs.
Joseph s'amuse avec le chien du forgeron de Manhoué
Je passais ma petite enfance à Manhoué dans le Saulnois et fis ma maternelle à Nancy. A Dieuze, au CP, mes camarades, jaloux de mon français, m’ont poussé aux orties.
En 1946, avec mes parents, je revins à Ormersviller où je suivis la Communale. Mon instituteur M. Remeth poussa mes parents à m’envoyer à St.Augustin jusqu'en terminale.
En 58, après le concours, j’entrais à l'Ecole Normale pour devenir Instituteur. En Octobre 1959 je fis, à Weiskirch, ma première classe avec battements de coeur.
Ma classe de Weiskirch
Mes épreuves n'étaient pas achevées, comme beaucoup, j’ai dû aller en Algérie durant 12 mois.
J’ai été envahi par les amibes africains qui de temps en temps se réveillent encore en moi.
Comme beaucoup, j’ai nourri les poissons, lors des 4 traversées de la Mer Méditerranée, ça va de soi.
Enfin, comme pour arrêter là toutes ces pérégrinations,
je vins m'installer à Volmunster en mars 1963, 2 jours après ma démobilisation.
A l'époque, il y avait encore une école de garçons à classe unique
et une école de filles, fonctionnant sur un modèle identique,
car, de l'avis de tous, il eut été fort inconvenant de faire cohabiter un garçon et une fille sur un même banc.
Que de persuasion et de palabres, il a fallu pour faire cesser cette erreur intrinsèque. Je fis même intervenir mon ancien supérieur, devenu, entre temps, évêque. L'école fut d'abord géminée de fait, puis enfin géminée de droit. A ce jour, il n'y a plus de garçons ni de filles, mais des grands et des petits, je crois.
Parallèlement, je m’établis dans ce beau village de Volmunster qui s’est embelli au fil des ans.
A la sortie de l'église lors de mon mariage
J’ai réussi le coup le plus fameux de ma carrière: épouser la fille du Maire. Grâce à mon union avec Monique, je suis père de trois enfants et cinq petits-enfants, dont je suis fier.
Comme membre fondateur du Foyer des Jeunes, je m’engageais dans la vie associative. La classe était ma vie et devant un élève étourdi, une tête de linotte, les « Nom d'un petit bonhomme » pleuvaient parfois comme les obus à Gravelotte.
A l’étonnement de beaucoup, je félicitais les bons comme les élèves faibles. Avec patience, j’ai même réussi à scolariser avec succès une élève avec un truc en plus. Professionnellement, je devins un moteur pédagogique incontournable, car sous mon impulsion, le Cercle Pédagogique a fait un travail remarquable. Avec mes collègues dévoués du canton, j’organisais des lendits, des festivals scolaires, des correspondances scolaires, des semaines nature, des concours d’orthographe, des rencontres sportives, des classes nature, des voyages de découvertes, des camps de vacances pour stimuler et parfaire les élèves.
Je me suis battu pour que l'école rurale garde son sens et sa vie
même s'il me manquait parfois l'appui actif de la hiérarchie.
Fin juin 1995, j'ai fêté mon départ en retraite au cours duquel j'ai exprimé mes sentiments:
Tout d'abord, je vous remercie tous d'être venus si nombreux à assister mon examen de passage de la vie active à une retraite active.
Je tiens à saluer particulièrement, M. Kratz, Inspecteur de l'éducation nationale, M. Schneider Inspecteur primaire de Deux-Ponts, M. Verraest, mon ancien inspecteur, M. Schaefer, Vice-Président du Conseil Général, M. Chudz, notre conseiller général, MM les maires de Nousseviller et de Loutzviller, les collègues du secteur de Volmunster et la délégation menée par Mme GOEBES de l'école partenaire de la Sechsmorgenschule et surtout M. Jean SEIBERT, maire et son conseil municipal qui organisent cette manifestation en mon honneur.
Tous ceux qui ont pris la parole se sont évertués à souligner mes qualités de pédagogue, mais un capitaine sans troupes est inefficace, c'est pourquoi j'y associe tous mes collègues présents et aussi ceux qui sont passés dans notre regroupement pédagogique, car ils ont tous contribué à former et éduquer nos élèves afin qu' à l'entrée en 6ème, leurs bases soient solides et d'un niveau élevé. Je les remercie tous pour leur étroite collaboration qui n'était pas toujours facile en raison de la dispersion des classes.
Tous les enfants qui étaient ont été entre mes mains, je les aimés, et tous les matins, j'aimais les retrouver, et ceci jusqu'au 29 juin dernier. Ils vont sûrement me manquer, mais heureusement le cercle de famille s'est agrandie par une petite fille Lisa, sur laquelle je pourrais me reporter à tout point de vue.
Pendant ma carrière d'enseignant et d'éducateur dans la Commune de Volmunster, j'ai essayé de former des élèves avec rigueur et exigence, mais aussi avec amour, afin qu'ils puissent affronter avec sérénité et sûreté la vie du collège.
J'ai toujours comparé la formation d'un homme à une maison, dont les fondations sont posées à l'école élémentaire. Ces fondations doivent être solides, la plupart des parents l'ont compris et faisaient confiance à l'orientation proposée par les enseignants.
Quand on est premier de cordée pendant trente sept ans, il est temps de passer la main à d'autres. Le bâtiment de l'école-mairie était mon deuxième chez mol, j'y passais de très nombreuses heures et à partir de ce jour, je vais le quitter progressivement. Monique, mon épouse, qui devait supporter ces longues absences a eu beaucoup de patience envers moi et je la remercie ici publiquement. Mes retours à midi et le soir étaient rarement à des heures fixes, bien sûr, j'avais toujours une excuse.
Pour mon travail de classe et les activités extra-scolaires, j'ai toujours compté sur les parents d'élèves et surtout sur les délégués de classe. Je leur exprime toute ma gratitude.
Pour le matériel pédagogique, la Commune était toujours prête à intervenir financièrement. Je dis un grand merci au Maire et à ses conseillers municipaux.
Merci à tous ceux qui ont contribué à la bonne marche de notre école de Volmunster, je ne puis les nommer individuellement, ils sont tellement nombreux. Merci.
C’était le samedi 1 er juillet 1995
J’ai été secrétaire de la Mairie, du SIVOM puis du District, dévoué et compétent, commissaire-enquêteur au Tribunal Administratif de Strasbourg, guide au moulin à mes moments perdus et du Ré Pu le fidèle correspondant et initiateur du jumelage avec Sigogne. Ma vie de famille était parfois réduite, pourtant je devins père, même grand- père et les photos des fêtes de famille devinrent légendaires.
Certes une vie aussi remplie a entraîné quelques inévitables distractions. Mes amis, au téléphone étaient parfois affublés d'un prénom, inconnu au bataillon, J’allais à l'école en voiture et revenais bravement à pied, l'allure fière. Mon épouse et mes enfants m’ont souvent attendu à table.
Contre toute attente, Monique est partie au milieu des étoiles
et tous les jours je pense à elle quand je médite.
Malgré tous mes engagements, je n'ai jamais oublié mes origines,
j’aimais les travaux des champs au milieu de la gente bovine et équine.
J'ai volontairement omis bien d'autres activités ne voulant abuser ni de mon temps ni de la patience de mes invités. Jamais retraite ne fut plus méritée que la mienne, plus attendue même.
Le 26 février j'ai fêté mes 87 ans avec ma fille Sandrine et son mari Frédéric
Cela va sans dire que j’ai fêté le 1er mars 2026 mes 87 ans avec mes invités d’Alsace et du Bitcherland.
Volmunster le 3 mars 2026
Joseph Antoine Sprunck