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La vie militaire d'un malgré-nous, devenu prêtre et curé de Volmunster

Suite à un entretien concernant la vie des Bitcherlandais  avec le chanoine Marcel Schneider, il m'a envoyé son témoignage de son passé durant la deuxième guerre mondiale.

Né le 28 mars 1923 à Guiderkirch dans le canton de Volmunster (Moselle), dès mon enfance j'ai été intéressé par l'aventure missionnaire et mes parents m'ont permis d'aller à Neufgrange, ensuite à Saverne, chez les Spiritains-Missionnaires pour y faire mes études secondaires en vue de devenir à mon tour missionnaire quelque part en Afrique.


Photo JAS
                 Chanoine Marcel Schneider


L'incorporatio


 Les turbulences de l'adolescence en temps de guerre ont fortement ébranlé ce rêve, et après mon Abitur en 1941, je suis allé à l'Université de Strasbourg, en faculté de lettres classiques, avec l'idée de devenir professeur de lettres et dans l'espoir aussi d'éviter ainsi le désagrément de l'incorporation dans la Wehrmacht. 

Mais malgré cela, en septembre 1942, j'ai été convoqué à l'Arbeitsdienst, pour 3 mois, dans un camp situé à Oberhausen près de Fulda (Allemagne centrale). Durant le troisième mois j'ai dû remplacer un comptable hospitalisé et le responsable du camp , un Oberfeldmesiter, me proposa de le remplacer pour de bon et de prolonger ainsi mon service de trois mois. Cela m'arrangeait car la Wehrmacht et le front restaient ainsi à distance. Libéré après 6 mois d'Arbeitsdienst, je suis retourné à l'Université, mais pas pour longtemps, car en juillet 1943 j'ai eu mon Stellungsbefehl pour être incorporé dans la Wehrmacht.


Eviter la déportation des parents


Et j'ai répondu à cette convocation. Pourquoi ? Pourquoi n'ai-je pas, comme beaucoup d'autres, refusé de porter cet uniforme, en passant la frontière et rejoindre la zone libre? Tout simplement parce que j'ai voulu protéger ma famille. Tout le monde savait que les parents et familles des réfractaires risquaient la déportation. J'étais le dernier d'une fratrie de 6. Deux de mes frères étaient mariés, avaient des enfants, mon père était malade, je ne pouvais pas supporter l'idée qu'il puisse leur arriver malheur à cause de moi, et pour les protéger, j'ai pris le risque de répondre à cet appel de mobilisation. j'ai donc rejoint le lieu de rassemblement, une caserne à Königsberg , en

Prusse Orientale. Pour faire « nos classes », nous avons été envoyés dans un camp de formation pionnière près de Minsk, capitale de la Biélorussie, pour y être, en même temps, engagés dans la lutte anti-partisane.


Combattre les partisans


Le patrouillage anti-partisan était dangereux et stressant, car dans cette lutte il n'y a pas de front, les partisans sont partout et nulle part. C'était particulièrement stressant, la nuit quand on était de garde. Dans cette situation, plus encore qu'à l'Arbeitsdienst, j'ai découvert la vie du monde et des hommes car jusqu'alors j'ai toujours vécu en « milieu protégé » et je ne connaissais pas grand-chose de la vie des gens. En caserne, à Minsk ou ailleurs, partageant une même vie avec des jeunes comme moi ou des hommes plus âgés, mariés et « père de famille », j'ai découvert avec étonnement les qualités de générosité et de courage. Le souci de se protéger mutuellement ignorait tous les risques, le partage de tout était chose normale. Rapidement je suis devenu le confident de ces hommes qui me racontaient leurs soucis d'époux, de papas séparés de leur famille, inquiets pour leur avenir et celui de leur famille. J'ai apprécié combien pour eux la fidélité à femme et enfants était sacrée. Je n'ai jamais oublié cette expérience, elle m'a profondément marquée pour la vie, elle fut probablement décisive pour ma future vie de prêtre, d'autant plus qu'un jour l'un d'eux me dit : » Mon gars, tu rates ta vie, tu parles comme un curé, tu es fait pour être curé! » Cela m'a fortement interpellé , surtout qu'il m'avait dit « Tu rates ta vie ! » De là date certainement ma volonté de revenir à mon rêve d'enfant et de répondre à cette vocation au service de Dieu et des hommes.

Au bout de deux mois, pour compléter notre formation de pionniers, nous avons été déplacés à Modlin, une grande forteresse sur les bords de la Vistule au nord de Varsovie. La formation achevée, nous nous préparons pour le départ au front russe. C'est alors qu'un matin le colonel demanda à tous les bacheliers et étudiants de sortir des rangs, pour nous annoncer que tous nous devions suivre un stage de trois mois de préparation à l'école d'officier. Devenir officier ne m'intéressait pas, mais je me suis dit: encore trois mois de gagner, avant de rejoindre le front. Dans ce stage d'un trentaine d'élèves, il n'y avait que deux Lorrains, un copain de Sarreguemines et moi. Tous les deux nous voulions bien suivre cette formation de trois mois, mais nous ne voulions pas devenir officier dans l'armée allemande. Nous avons alors vers la fin du stage manifesté nos convictions de jeunes français, et ce fut efficace. Un matin, à l'appel quotidien, le commandant ordonne:

« Stagiaires Beaulieu et Schneider, avancez ! Il nous arrache nos insignes de stagiaires en disant: « Pour manque de conviction national-socialiste, vous êtes incapables de devenir officier dans l'armée allemande! » C'est-ce que nous souhaitions tous les deux, mais nos ennuis n'étaient pas terminés.


Savoir résister


Pendant trois jours nous avons subi des exercices disciplinaires... c'était l'enfer. Sales et exténués, nous devions nous présenter , un quart d'heure plus tard, en tenue impeccable, pour de nouveaux exercices, et cela plusieurs fois dans la journée. Et c'est là, dans cette triste et délicate situation, qu'une fois de plus, j'ai rencontré une grande camaraderie de la part des copains de chambrée. Ils ont pris le risque de nous aider, nous habillaient d'uniformes propres, les leurs, ils nous donnaient à manger et nous encourageaient à tenir le coup.

Au bout de trois jours, le commandant nous convoqua pour nous dire qu'il devrait nous muter dans une compagnie disciplinaire, mais qu'il y renonçait « puisqu'en général votre comportement était correct et satisfaisant.»


Mutation


Je fus muté dans une autre arme, les chars d'assaut, dans un régiment situé à Allenstein, au nord de Minsk. Evidemment, une formation s'impose, encore deux ou trois mois de gagner! L'ambiance dans cette arme était meilleure, car c'était une arme d'élite, et nous étions considérés comme des hommes et non comme des marionnettes corvéables à merci. La camaraderie était très forte car à cinq hommes dans un char, la vie et la sécurité de chacun dépendait du comportement responsable de l'autre. Nous étions solidaires, interchangeables. D'ailleurs il m'est arrivé plusieurs fois de remplacer le chef de char, c'était le poste le plus dangereux, car pour mieux observer le terrain, souvent le chef se tenait debout dans la tourelle, sa tête dépassant était alors une cible recherchée par les snippers russes.


En Estonie


En juin 1944, notre régiment de chars « Panthère » partit pour le front en Estonie. Début septembre, les Russes attaquaient avec 70 divisions, du côté allemand il restait quelques 4 ou 5 divisions. Engagés dans une bataille près de la ville de Dorpat, notre char a été touché par un obus, il était en feu, et déjà les réserves de munitions commençaient à exploser. J'ai réussi à m'en extirper et à me camoufler dans les grandes herbes toutes proches. Je me suis aperçu que j'étais blessé à la jambe droite,.. J'ai réussi à ramper jusqu'à un poste de soins où l'infirmer m'a posé une attelle « C'est pas avec cette attelle que tu retourneras au front, » me dis-je rassuré. J'ai eu la

volonté de revenir à mon rêve d'enfant et de répondre à cette vocation au service de Dieu et des hommes.

Au bout de deux mois, pour compléter notre formation de pionniers, nous avons été déplacés à Modlin, une grande forteresse sur les bords de la Vistule au nord de Varsovie. La formation achevée, nous nous préparons pour le départ au front russe. C'est alors qu'un matin le colonel demanda à tous les bacheliers et étudiants de sortir des rangs, pour nous annoncer que tous nous devions suivre un stage de trois mois de préparation à l'école d'officier. Devenir officier ne m'intéressait pas, mais je me suis dit: encore trois mois de gagner, avant de rejoindre le front. Dans ce stage d'un trentaine d'élèves, il n'y avait que deux Lorrains, un copain de Sarreguemines et moi. Tous les deux nous voulions bien suivre cette formation de trois mois, mais nous ne voulions pas devenir officier dans l'armée allemande. Nous avons alors vers la fin du stage manifesté nos convictions de jeunes français, et ce fut efficace. Un matin, à l'appel quotidien, le commandant ordonne:

« Stagiaires Beaulieu et Schneider, avancez ! Il nous arrache nos insignes de stagiaires en disant: « Pour manque de conviction national-socialiste, vous êtes incapables de devenir officier dans l'armée allemande! »  C'est-ce que nous souhaitions tous les deux, mais nos ennuis n'étaient pas terminés.

Pendant trois jours nous avons subi des exercices disciplinaires... c'était l'enfer. Sales et exténués, nous devions nous présenter , un quart d'heure plus tard, en tenue impeccable, pour de nouveaux exercices, et cela plusieurs fois dans la journée. Et c'est là, dans cette triste et délicate situation, qu'une fois de plus, j'ai rencontré une grande camaraderie de la part des copains de chambrée. Ils ont pris le risque de nous aider, nous habillaient d'uniformes propres, les leurs, ils nous donnaient à manger et nous encourageaient à tenir le coup.

Au bout de trois jours, le commandant nous convoqua pour nous dire qu'il devrait nous muter dans une compagnie disciplinaire, mais qu'il y renonçait « puisqu'en général votre comportement était correct et satisfaisant.»


Mutation salutaire


Je fus muté dans une autre arme, les chars d'assaut, dans un régiment situé à Allenstein, au nord de Minsk. Evidemment, une formation s'impose, encore deux ou trois mois de gagner! L'ambiance dans cette arme était meilleure, car c'était une arme d'élite, et nous étions considérés comme des hommes et non comme des marionnettes corvéables à merci. La camaraderie était très forte car à cinq hommes dans un char, la vie et la sécurité de chacun dépendait du comportement responsable de l'autre. Nous étions solidaires, interchangeables. D'ailleurs il m'est arrivé plusieurs fois de remplacer le chef de char, c'était le poste le plus dangereux, car pour mieux observer le terrain, souvent le chef se tenait debout dans la tourelle, sa tête dépassant était alors une cible recherchée par les snippers russes.


Blessé à la jambe


En juin 1944, notre régiment de chars « Panthère » partit pour le front en Estonie. Début septembre, les Russes attaquaient avec 70 divisions, du côté allemand il restait quelques 4 ou 5 divisions. Engagés dans une bataille près de la ville de Dorpat, notre char a été touché par un obus, il était en feu, et déjà les réserves de munitions commençaient à exploser. J'ai réussi à m'en extirper et à me camoufler dans les grandes herbes toutes proches. Je me suis aperçu que j'étais blessé à la jambe droite,... J'ai réussi à ramper jusqu'à un poste de soins où l'infirmer m'a posé une attelle .« C'est pas avec cette attelle que tu retourneras au front, » me dis-je rassuré.

Ramené à Riga dans un Lazaret, le chirurgien de service enleva l'éclat d'obus de ma jambe. Par chance, cet éclat était rentré à plat, sinon il m'aurait sectionné la jambe et je n'aurais pas pu sortir du char, condamné à y brûler je n'aurais certainement pas survécu. Enfin embarque sur un navire pour revenir en Allemagne, j'ai été transporté dans un hôpital militaire à Sankt Annaberg près de Breslau. J'ai ensuite essayé de prendre contact avec des copains de mon régiment. Il n'existait plus.

J'ai eu de la chance d'avoir quitté ce désastre humain et militaire. Ma blessure m'a certainement sauvé la vie. Sur le bateau, j'ai profité de la nuit pour déchirer mon Soldbuch et en jeter les morceaux aux poissons, pour ne pas être plus tard, identifié comme Lorrain car j'étais persuadé que les Allemands ne me laisseraient pas rentrer chez moi pour ma convalescence, s'ils me savaient originaire de la Moselle.


En permission


En octobre, ma blessure étant guérie, les autorités locales m'accordaient une permission, j'ai pu rentrer puisque j'avais déclaré habiter à Rohrbach près de Saarbrücken. Fin octobre 1944, je suis revenu à Guiderkirch.

Vous pouvez imaginer la joie de mes parents lorsqu'un jeune du village m'ayant aperçu, court leur annoncer la nouvelle : « Le Marcel est de retour », retour inattendu, presque inespéré. Une vingtaine de jeunes de notre village avaient reçu l'ordre de mobilisation dans l'armée allemande. 18 ont refusé cette mobilisation, et devenus réfractaires, ils se sont cachés dans le village et environs.


Un soldat réfracataire


Au terme de ma permission, j'ai choisi de devenir « réfractaire » à mon tour, et je les ai rejoints. Tous les habitants du village étaient au courant de la situation de ces « malgré-nous réfractaires », mais jamais personne ne fut dénoncé. Même les gendarmes de Rohrbach, des Allemands pourtant, ne nous ont jamais inquiétés ; au contraire, ils nous prévenaient des descentes de la Gestapo.

Mi décembre 1944, l'armée Américaine libéra le village et toute la région. Peu de jours après, un groupe d'officiers, américains et français, rassembla tous les réfractaires. Nous devions rejoindre un bureau de contrôle à l'arrière pour faire vérifier nos papiers et notre identité de « français./lorrain«. Mais, il y a eu la contre-offensive de von Rundstedt dans les Ardennes, et alors les Américains eurent d'autres soucis que de contrôler notre identité, et sans explication, nous avons été embarqués avec les autres prisonniers allemands jusqu'à Stenay, puis, en train, trois jours de voyage à 60 par wagon, à travers toute la France pour aboutir dans un immense camp de prisonniers près de Cherbourg. Je suis resté là jusqu'en mars 1945. Les Alsaciens-Lorrains, une soixantaine, étaient rassemblés dans une tente à part, avec régime spécial. Nous n'étions pas embêtés. Pas de hiérarchie parallèle et pas de mauvais traitements. Nous sommes libérés fin mars par une délégation militaire de l'armée française. Comme j'étais de la classe 1923, je fus conduit dans une caserne à Evreux pour être à présent mobilisé dans l'armée française pour un minimum de deux ans. Après ce que j'avais vécu, je n'imaginais pas supporter la caserne et sa discipline. Je me portais donc volontaire pour l'Indochine. L'officier m'en découragea : « Trois ans, ça suffit ! » me dit-il, et il me proposa la réforme pour que je puisse rentrer chez moi et reprendre mes études.

Arrivé chez moi en avril 1945, je trouve le village presque  entièrement détruit. Des familles entières avaient péri sous les bombardements. Mes parents et quelques autres familles qui habitaient à l'entrée du village y réchappèrent et y ont survécu.


Admis au grand séminaire


Peu de temps après je me suis rendu à Metz au Grand Séminaire, pour voir comment je pourrais y être admis. Totalement inconnu, n'ayant pas fréquenté les collèges/séminaires diocésains, le Supérieur m' annonça qu'il lui fallait d'abord faire une enquête sur ma conduite et la qualité de mes études auprès de mes anciens supérieurs de Neufgrange et Saverne.. Les réponses étant satisfaisantes, je fus admis au grand Séminaire pour la rentrée de septembre 1945.

Pour moi, le Grand Séminaire était le paradis. J'étais enfin libre, respecté, considéré comme un séminariste normal, et malgré l'interruption de plus de trois années, j'ai pu très convenablement suivre les études de philo., de théologie et autres, peut-être grâce à l'expérience humaine fort variée que j'ai connue à l'armée et au front. Par ailleurs, je disposais pour la première fois de ma vie d'une chambre à moi avec un minimum de confort, et surtout, la possibilité de devenir enfin prêtre me faisait oublier tous les ennuis passés, seul l'avenir avait pour moi de l'importance.


Une ambiance troublée


Au Séminaire, nous étions une bonne centaine d'étudiants, dont une petite quarantaine d'anciens «malgré nous ». On peut dire que, passagèrement, nous formions trois groupes:

ceux qui venaient des séminaires de « l'intérieur »

ceux qui avaient été au Séminaire de Spire

les « Malgré-nous » incorporés de force dans l'armée allemande.

La première année, l'ambiance n'était pas toujours fraternelle, on avait du mal à apprécier le passé de l'autre, à le comprendre. On se taquinait, se narguait.. Alors que les uns chantaient la Marseillaise , d'autres, les Malgré Nous, défilaient au pas de l'oie. On était ridicule et on ne le savait pas. Je n'avais pas caché mon passage contraint dans un stage d'élèves officiers, mais c'était parfois mal compris. Ainsi, un jour alors que j'allais m'attabler pour partager le goûter, des copains de la table, me dirent: Non, nous ne voulons pas de boches à notre table ! Je suis parti sans rien dire, je sentais bien qu'il fallait du temps pour se comprendre et s'estimer.

Le Supérieur du Séminaire, un ancien curé , était très compréhensif, soucieux de calmer les différents, conscient des blessures que cela cachait ou provoquait. Par contre, certains professeurs étaient outrés que nous ayons pu accepter de servir dans l'armée allemande, toutefois ils le manifestaient avec réserve.

D'ailleurs cette répartition en fonction de notre passé politico-militaire était passagère et plutôt folklorique. Par contre notre répartition en « équipe de vie » était très importante, parce que constructive de notre commun avenir de prêtres. Voici comment: la formation au séminaire durait cinq années, réparties en deux sections: la Philosophie deux années, ensuite , trois années de théologie. Chaque cours correspondait à une équipe de vie stable, pour la durée du temps de séminaire. 


L'amitié fraternelle


Dans notre équipe de cours, tous les courants cités plus haut étaient représentés, mais cela, loin de nous diviser, nous permit une mise en commun respectueuse du passé de chacun , et enrichissante pour notre formation. L'amitié fraternelle vécue dans ces équipes était telle qu’elle perdurait toute la vie. Ainsi, notre cours, comme les autres, se réunissait chaque année, depuis notre commune ordination, le 2 juillet 1950, pour revitaliser cette amitié en l'alimentant de notre vécu récent. Aujourd'hui, nous avons dû renoncer au sympathique rite de ces rencontres, parce que notre âge avancé rendait les déplacement de plus en plus difficile.

Oui, la page « guerre, armée, Russie ... » était définitivement tournée... et j'ai tout fait pour tout oublier, sauf l'enrichissement humain dont aujourd'hui encore je mesure l'importante richesse..

Ayant été le confident de nombreux soldats, j'ai appris à écouter, à respecter les opinions des autres, à apprécier leurs valeurs humaines d'abord, chrétiennes aussi chez beaucoup. J'ai appris que la vie n'était pas simple, que l'amour était exigeant, que les faiblesses étaient d'autant plus humiliantes qu'elles fragilisaient l'amour et la fidélité promise. J'ai appris que tout homme, peu importe ses convictions politiques, sa nationalité ou sa religion, méritait d'être connu et estimé, car ses valeurs étaient bien plus grandes que ces différences et son éventuelle faiblesse. Dans ma vie de prêtre, je ne l'ai jamais oublié. Par contre j'ai rarement évoqué mes aventures de soldat allemand, j'ai d'ailleurs eu un banal parcours d'incorporé de force comme des milliers d'autres, rien d'exceptionnel dans ma situation...

Parce que vous me l'avez demandé, vous êtes le premier à qui je raconte tour cela.

Fait à Metz, le 27 juillet 2011


Marcel Schneider


Photo DR

A onze ans, Joseph Antoine Sprunck a assisté  à la première messe de Marcel Schneider en 1950.   Il porte  un pullover à manche courte et des traits blancs. Toute la famille Sprunck était invitée par la tante Thérèse Huver, née Sprunck

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