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Le subterfuge d’Alphonse Kirsch

 Nous avons rencontré Alphonse Kirsch, mobilisé en Pologne qui s’est fait passé pour un  Sarrois afin d’être libéré plus tôt.


Photo Joseph Antoine Sprunck
Jean Meyer, Edouard Henius et Alphone Kirsch, trois malgré nous

 


Alphonse Kirsch, né 25 octobre1924 à Volmunster (Moselle) est mobilisé par les Allemands le 25 octobre 1943.  Il aidait alors son père Joseph, expulsé dans le Saulnois, où il gérait une Siedlung; (Une ferme appartenant à un indésirable expulsé par les Allemands.)

Alphonse Kirsch a tenu un carnet journalier où, il inscrivait tous les événements importants du ler septembre 1939 à son retour de captivité.

- Comment se fait-il que vous ayez tenu un carnet

journalier ?

Alphonse Kirsch :   Si vous le lisez, vous constaterez que je n'y ai inscrit que les mauvais souvenirs. Les événements étaient tellement nombreux qu'il était difficile de tout retenir par coeur. D'ailleurs, ce carnet ne me quittait jamais.

c'était mon confident. Le 9 janvier 1944, j'ai inscrit que les sous-officiers nous ont fait marcher, coucher et sauter durant toute la journée dans l'eau et la boue. Pour moi, ce fut la plus terrible journée de ma vie.

En le confiant à mon carnet cela me calmait. »

Pourquoi vous ont-ils fait subir cette manoeuvre en plein hiver?

A.K. :   Tout simplement parce qu'ils n'avaient pas eu le droit de rentrer en permission, ni à Noël, ni au nouvel An, seuls les officiers y ont eu droit.

Alors, ils se sont défoulés sur nous. 

Vous avez été sur quel front ?

A.K. :  J'ai été affecté dans une unité des transmissions en Pologne, au sud de Varsovie Nous avons été logés dans des baraquements pour les classes, mais après, nous logions très souvent chez l'habitant.

Comme j'étais dans les transmissions, j'étais toujours à l'arrière du front où, en règle générale nous étions bien nourris.

Nous n'avons jamais pillé les maisons. « Celui qui pille est abattu », on nous le répétait sans cesse. »

- Par qui avez-vous été fait prisonnier?

A.K. : « Au moment où, dans notre région, l'armée allemande s'était rendue, mon unité se trouvait entre les Russes et les Américains. Nous nous sommes rendus aux Américains qui nous ont laissé toutes les affaires sauf les armes. C'était le 4 mai 1945 à Burghausen. Ils nous ont enfermés dans un camp où nous étions 80 000 prisonniers allemands. Nous étions dans un grand parc entouré de barbelés et de miradors. Il était formellement interdit de s'approcher des barbelés à moins de 5 mètres.

Sinon, les gardiens tiraient. Nous dormions tous à la belle étoile pendant cette période; heureusement que ce n'était pas l'hiver... Quand il pleuvait, nous étions trempés, et les vêtements séchaient ensuite sur notre corps. Nous étions moins bien lotis que les bovins dans un parc qui peuvent s'abriter dans les haies ou sous les arbres.

- Quand avez-vous été libéré?

A.K. :  A partir du l er juin les Américains, ont décidé de libérer les prisonniers par région, afin de remplir les trains mis à leur disposition. Dans ce camp, j'ai retrouvé Théo Klein de Dollenbach, et nous écoutions tous les jours. Toutes les régions allemandes furent appelées au haut parleur, sauf l'Alsace et la Lorraine. Comme Volmunster était sur la frontière sarroise, je décidais de me présenter dès qu'ils appelleraient les Sarrois. Le 5 juin, le haut-parleur demande à tous les Sarrois de se présenter au rapport en vue de la libération. J'y vais, et je suis libéré. Nous prenons le train en direction de Sarrebruck, je suis sauvé.

Après avoir été démobilisé, je me rends à Metz, chez mon cousin Denis Schaff. Je ne le reconnaissais presque pas, tellement il était maigre. Il m'apprend qu'il revient de Dachau, où il avait été déporté le 18 décembre 1943 avec son frère Joseph d'Ormersviller et libéré par les Américains le 29 avril 1945. Tous les deux avaient été passeurs et ont été arrêtés suite à une dénonciation. Sa femme m'a alors fait savoir que mes parents avaient quitté Louvigny pour Volmunster.  

 Comment avez-vous rejoint Volmunster ?

A.K. : « J'ai pris le train jusqu à Bitche, où mon oncle m’a prêté un vélo et le 13 juin 1945, à la Saint Antoine, à 23 h, J'ai retrouvé ma famille à Volmunster dans la maison Paltz, qu'ils venaient d'emménager le 22 mai 1945. Tous les ans, nous fêtons ce jour. Théo Klein, qui n'avait pas rejoint les groupes des Sarrois comme moi, n'a été libéré qu'au mois de juillet. Aucun pont n'était encore réparé à Volmunster, il fallait utiliser les gués pour traverser les ruisseaux


Joseph Antoine Sprunck


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