Alida Andrès entourée de sa fille et de son fils
Le 1 er septembre 1939, c'est l'exode vers la Charente. Joseph Sprunck a fait un pèlerinage au village d'accueil des exilés d'Ormersviller 63 ans après le début de la Seconde Guerre mondiale. Il y a rencontré deux personnes qui se souviennent.
Le 23 août 1939, c'est le premier rappel des réservistes. Le vendredi 1er septembre 1939, le préfet de Moselle fait évacuer la zone rouge située entre la frontière allemande et la ligne Maginot. Le tocsin sonne dans tous les villages concernés et la caravane se met en marche, direction Sarrebourg. Pendant 17 jours, les voyageurs sont logés au château de La Rochefoucauld, avant de rejoindre Brie-la-Rochefoucauld.
Joseph Sprunck est âgé de six mois au moment de l'évacuation. Son père est mobilisé à Dieuze, ses deux sœurs sont en vacances en Alsace, sa mère est toute seule avec sa fille aînée Yvonne et son frère René, âgés respectivement de 14 et 13 ans.
Quelle aventure pour cette mère de famille qui voyage durant deux semaines avec ses trois enfants. Elle n'a pu emmener que 30 kg par personne. Le bébé dormira dans une caisse qu'elle trouve à l'épicerie voisine. Elle est désolée : elle doit se remettre à cuisiner dans l'âtre de la cheminée. En entrant dans la maison, elle s'écrie : « Dans quel pays sommes nous envoyés! Il n'y a qu'une cheminée pour cuisiner. » Tous les Lorrains arrivés en Charente feront la même réflexion, et achèteront un petit fourneau qu’ils appelaient Charenter Ewel.
Retour vers le passé
En vacances en Charente, Joseph Sprunck se rend pour la première fois sur les traces de cette évacuation.
Il visite d'abord le château de la Rochefoucauld et demande à rencontrer la comtesse. D'après les habitants, elle devrait se souvenir de cette période. « Je ne sais absolument rien de cette époque », confie-t-elle. Inutile de persévérer. Joseph Sprunck se rend alors à la mairie de Brie, où on lui conseille de rencontrer l'ancienne secrétaire de mairie, Mme Croupie. Elle était âgée de 12 ans en 1939, et elle se souvient très bien de cet épisode.
« Lors du déménagement de la mairie, j'ai retrouvé le registre ou tous les réfugiés étaient inscrits. Je me souviens très bien de l'arrivée des Mosellans. La mairie a distribué des lits pour ces réfugiés.
Notre village devait accueillir autant de réfugiés qu'il y avait d'habitants. » Elle lui promet de faire des recherches.
Attaches dans la commune
L'ancienne secrétaire lui recommande de rencontrer une dame de 9ó ans, Alida Andres, qui habite une terme. Joseph y est accueilli à bras ouverts:
Mme Andrès a des attaches familiales à Ormersviller. Elle se met aussitôt à raconter : «Mon mari était décédé en 1938.
Notre fille Marie-Thérèse était âgée de huit ans. J'étais à la tête d'une exploitation agricole, et devais constamment employer des ouvriers agricoles. » Un beau jour, elle va rencontrer Adolphe Andrès, qui habite avec sa famille dans la maison de maître. Il accepte sa proposition.
« Dès que je l'ai vu, j'ai eu le coup de foudre. C'était un jeune homme distingué. Quand je l'ai rencontré la première fois, il portait une cravate, et ses souliers étaient bien cirés. » Adolphe fait la cour à sa patronne, mais cela ne plaît pas au beau-père.
Le 9 septembre 1940, les Allemands demandent aux
Ormersvillérois de rentrer en Lorraine.
Alida laisse partir Adolphe. Au moment du départ, elle a le cœur gros, elle en parle à sa fille Marie-Thérèse, qui lui suggère
« Un papa comme Adolphe j'aimerais en avoir un. » Alida lui demande aussitôt d'aller le chercher à la gare. Ce dernier revient avec sa valise, et quelques jours plus tard, il l'épouse. Trois enfants naîtront de cette union. Marie-Thérèse, comme ses frères et sœurs, viendront régulièrement en vacances à
Ormersviller. Adolphe, tout étant déraciné, a cependant vécu heureux avec Alida, une femme pleine de vie.
Joseph Antoine Sprunck