Le 1er février 1945, à Metz libéré le N° 1 du RL est à nouveau édité.
Le 14 juin 1940, alors que les blindés de la Wehrmacht déferlaient sur la France, que l’ennemi approchait à grands de la citadelle de Metz en bousculant une armée impuissante qui ne disposait pas des forces mécaniques qu’exige une guerre moderne et qu'un vieux maréchal s'apprêtait à ramasser le pouvoir dans la boue d'un honteux armistice, la directeur Victor Demange du Républicain Lorrain décida de cesser la parution de ce journal. En termes de
métier, on appelle cela « se saborder »!
Il n'y avait alors pas à transiger avec ses principes. Dès ce moment-là, il fallait avoir choisi sa voie et continuer à la suivre fidèlement.
C'est un peu notre fierté de pouvoir dire aujourd'hui que ce fut notre cas.
Les années ont passé. Certains jours furent bien sombres et beaucoup se demandaient parfois si la carte que nous avions jouée - par spéculation, mais parce qu’elle représentait tout l’avenir d’une humanité - finirait par gagner la partie.
Il faut un idéal
Heureusement qu’au fond des nuits les plus opaques brillait toujours cette petite lueur d’espérance laquelle nous n’aurions pas pu tenir.
Avant Stalingrad et avant EL Alamein déjà, elle guida notre route…
De Londres dès le 24 juin 1940, le général de Gaulle s’était écrié:
« Il faut qu’il y ait un idéal. Il faut qu’il y ait une espérance. Il faut que quelque part, brille et brûle une flamme de la résistance française ».
Cette flamme, si vacillante d'abord qu'il aurait pu sembler que la tempête allait l'éteindre au premier moment, est devenue un foyer ardent et puissant.
Ma nuit n'a pas d'ombre
Et le 10 janvier 1944, à Alger, alors que se préparait le débarquement de nos libérateurs alliés, le général de Gaulle, à la fin d'un débat sur la Résistance, pouvait affirmer aux délégués de l’ Assemblée Consultative :
« Il me semble que la Résistance française,
dans la nuit de son cachot, dans les ténèbres de sa clandestinité, peut dire ce que disait le martyr devant le tyran : « Ma nuit n'a pas d'ombre ».
Et maintenant, nous reprenons la route. Nous la connaissons bien et nous n'aurons pas besoin de nous arrêter à chaque carrefour pour demander notre chemin. Non point parce que nous prétendons détenir la vérité à nous seuls. Mais il faut tout de même nous rendre cette justice qu'au cours des années qui préparèrent la démocratie et de la République.
Il faut savoir oublier
Ne revenons pas sur le passé. Il est mort, bien mort heureusement. Il n'est plus question maintenant que de savoir ce que nous serons demain, ce que nous voulons être dès aujourd'hui.
D'innombrables problèmes se posent à notre pays, à notre chère Lorraine surtout que nous retrouvons mutilée, si profondément blessée dans sa chair et dans son cœur. Pour les résoudre, il faudra non seulement de l’intelligence, de l’ingéniosité et du bon sens, mais aussi beaucoup de bonté, beaucoup d'oubli et de pardon.
La presse n'a jamais eu un aussi grand rôle à jouer qu'en ce moment. A condition qu'elle ait pour la vérité un culte de tous les instants, qu'elle puisse se débarrasser une fois pour toutes des entraves matérielles qui l'empêchaient parfois d'être honnête et propre et qu'elle sache dire énergiquement « non ! › aux puissances qui réussirent souvent et qui chercheront encore à l'utiliser aux fins de leurs seuls intérêts.
C'est un beau et grand jour pour nous! Mais la joie de notre retour au sein de la grande famille des journaux français ne nous fait pas oublier nos devoirs. Dès aujourd'hui, nous tenons à l’affirmer, nous sommes au service de tous ceux - et ils sont sont l’écrasante majorité - qui surent rester dignes et aussi des égarés sincèrement repentants, les traîtres exceptés, de tous ceux surtout qui n’oublient pas q’ils ont une patrie pour le relèvement de laquelle on peut bien faire
quelques sacrifices.
On nous avait cru morts. Mais il y avait, durant ces quatre années, des morts qui se portaient mieux que certains vivants, que les grands du jour.Que notre résurrection
Nous permettent de continuer l’oeuvre inachevée, mûris comme nous le sommes par des expériences cruelles et cependant tellement nécessaires.
Article paru dans le premier numéro du Républicain du 1er février1945