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Pierre Finkler, premier médecin cantonal de Volmunster



Depuis les temps immémoriaux, l'homme a appris à cueillir, à choisir les plantes qui convenaient à ses besoins, tant  pour la nourriture  que pour se soigner, pour agir  sur lui-même et sur les autres. Il  essayait de survivre, et ce seront  que  les plus forts qui résisteront à l’agressivité de la nature.


Hippocrate le plus grand médecin de l’antiquité 



Photo DR

 

Dès la préhistoire des actes chirurgicaux ont été pratiqués, comme le prouve la découverte de crânes portant des marques de trépanation. Des bas-reliefs de Thèbes et de Lougsor, de Dendérah (Haute Egypte) représentent des membres amputés au moyen d'instruments comparables à ceux dont on fait usage actuellement. C'est aux Grecs que l'on doit la création d'une véritable chirurgie rationnelle, que nous connaissons grâce à la collection des Traités d'Hippocrate au Ve siècle avant J.C.


Les interventions des premiers médecins


Beaucoup d'opérations y sont décrites : les ventouses, la saignée, l'extraction des polypes du nez, l'extraction de l'empyème (amas de pus dans la cavité des plèvres), le mécanisme et le traitement des fractures et des luxations, l'emploi des bandages et des appareils orthopédiques. A partir du III° siècle avant J.C., on commença à disséquer des cadavres humains pour mieux connaître le corps de l'homme.

Au Moyen Age, dans l'Occident chrétien, la chirurgie est gardée en dépôt par l'Eglise; elle subit une décadence en raison des positions philosophiques chrétiennes de l'époque, et sa pratique échoit ainsi aux barbiers qui se bornent à de menues opérations. Elle renaîtra sous la Renaissance. 


Fondation de la chirurgie


En 1731, l'Académie Royale de chirurgie est fondée. Ce ne sera qu'au XIX siècle que la chirurgie se développera avec la découverte de l'anesthésie qui permet d'opérer sans douleur, avec la lutte contre l'infection par l'invention de l'asepsie et de l'antisepsie, qui découlaient des travaux de Pasteur.

Dans la Bible, la médecine hébraïque avait jeté les premières bases de la législation sanitaire grâce à la désinfection et la prophylaxie. La médecine chinoise prônait la médecine préventive et naturelle par acupuncture et phytothérapie (traitement des maladies par les plantes).


Le protocole d’Hippocrate


En Grèce la médecine est dominée par Hippocrate qui apporte un protocole d'exploration médicale basée sur l'interrogation, la connaissance clinique et aussi la déontologie humaine et humaniste. La médecine du Moyen Age reprend les doctrines de l'Antiquité grecque. Comme la chirurgie, la médecine se développera surtout à partir du XIX siècle.

Cette médecine et cette chirurgie ne furent au début réservées qu’à ceux qui pouvaient se payer un médecin. Actuellement, en Afrique dans certains pays, le patient sera opéré ou soigné à l’hôpital que s’il a pu rassembler l’argent pour payer les honoraires, et ceci avant l’opération.


La pharmacie familiale


Au Bitcherland, le recours systématique au médecin est entré dans les mœurs de notre région qu’à partir du moment où les assurances maladie obligatoires ont couvert les frais médicaux et hospitaliers. Les paysans de nos régions qui ont seulement été couverts par une assurance sociale depuis les années 1960, avaient beaucoup recours aux plantes médicinales qui étaient séchées et entreposées au grenier : La bénédiction du bouquet de l'Assomption, que l'on désigne dans notre dialecte, le francique, par le «Gewürzwüsch» est une preuve au recours à la phytothérapie dans les campagnes.

Tout un chacun se soignait grâce aux plantes médicinales que l'on ramassait au courant de l'été et que l'on séchait au grenier. Cette méthode naturelle n'était peut-être pas toujours efficace, mais aidait à guérir beaucoup de maladies.


Le bouquet de l’Assomption


L'Eglise incitait les croyants à faire leur réserve de simples lors de la fête de l'Assomption, en leur demandant de réaliser un bouquet de plantes médicinales formées de celles qu'on utilisait régulièrement.

Il était composé particulièrement de valériane, de chicorée sauvage, d'achillée, de noisetier, de camomille, de millepertuis, de menthe, de sauge des prés, de vermouth et de marjolaine sauvage. Comme c'était la période des moissons, on y ajoutait du blé, de l'avoine, du seigle et de l'orge, ainsi que deux oignons. Ce bouquet qui était le fruit de la cueillette des plantes médicinales et de la moisson était béni lors de la messe de l'Assomption. Par l'ajout des céréales, on rappelait un peu la fête du sacrifice des prémisses. Elle consistait à offrir à Dieu la première gerbe de blé, les premières fleurs et fruits. De plus, dans certains villages, on mélangeait les graines bénites des céréales avec les semences afin que celles-ci lèvent bien. Pour la réussite de ces fruits, la liturgie chrétienne avait imploré Dieu au moment de la procession des Rogations dans les champs du mois de mai. Elles ont lieu à la Saint Marc et les trois jours précédant la fête de l'Ascension. 


Le secret des plantes


C’est à la fête de l'Assomption que l'on remercie le ciel pour la bonne récolte, en faisant bénir le «Gewürzwüsch», c'est-à-dire le bouquet de fleurs aromatiques.

Ce bouquet était précieusement gardé durant toute l'année, et quand quelqu'un décédait dans la famille, lors de la mise en bière on posait le bouquet sous la tête du défunt. Cette belle tradition locale, à la signification pleine de couleurs et de symboles, mérite d'être perpétuée surtout à l'époque où l'on revient aux méthodes douces pour guérir les maladies. D'ailleurs actuellement de nombreux scientifiques vont trouver les guérisseurs en Afrique, en Amérique et en Océanie afin que ces derniers leur livrent les secrets des plantes.


Les effets des plantes


Les tisanes d'achillée régularisent les fonctions rénales, les troubles hépatiques, celles de la camomille sont tranquillisantes et calment les crampes. Le millepertuis, également appelé «Herbe de Saint Jean» calme les nerfs. La sauge des prés est utilisée contre les crampes et contre les tremblements des membres. Dans une armoire à pharmacie on ne trouvait guère qu'un tube d'aspros, un flacon de teinture d'iode et du baume Agathol. On remédiait aux troubles digestifs par la tisane de fenouil et le Schnaps. 


Le rôle important du Schnaps


Le Schnaps, comme l'huile, était également utilisé pour désinfecter une plaie. Pour guérir une grippe, le patient buvait du schnaps brûlé chaud, prenait un aspro et devait se coucher au lit. Là, dans un lit préalablement réchauffé avec une bouillotte, il commençait aussitôt à transpirer pendant toute la nuit, et très souvent le matin, la fièvre était partie. Si cela n'était pas le cas, on lui posait des ventouses dans le dos. De toutes ces méthodes de guérison, les anciens s'en souviennent. Pour guérir une foulure ou un lumbago, on faisait des frictions avec du saindoux, du camphre ou on appliquait de l'argile chaude ou un coussin rempli de sable chaud. Suite à la couverture sociale, ces méthodes ont été abandonnées et l'on prend des médicaments prescrits par un médecin.


Un chirurgien à Nousseviller-lès-Bitche


Selon l'acte de mariage du 13 septembre 1803, Jean Frédéric Rupp, originaire de Saarbure (Sarre) déclare exercer présentement la médecine à Nousseviller et épouse Gertrude Gies. fille de Michel Gies. laboureur et de Marguerite Didier, domiciliés à Nousseviller-lès-Bitche. Il demeurait antérieurement à Schwindratzheim (Bas-Rhin). Dans l'acte de baptême de sa fille Marguerite en 1804, Jean Frédéric Rupp se déclare chirurgien. A cette époque, en plus de sa fonction de barbier, il exerçait sûrement le noble métier d'arracheur de dents.


Pierre Finkler premier médecin cantonal à Volmunster


 C'est en allant sur la trace de son arrière-grand-père maternel que  Hans Keller de Dorndorf est venu à Volmunster où Pierre Finckler s'était installé vers 1844 pour exercer la fonction de médecin cantonal.


Docteur Pierre Finckler 20 12 1808- 20 05 1893 Photo DR


 Celui-ci avait obtenu son titre de Docteur de médecin-chirurgien-obstréticien en 1835 à Würzburg en Bavière. Né le 20 décembre 1808 à Eiweiler près de Birkenfeld (Allemagne), il exercera ici probablement jusqu'à son décès à Volmunster à l'âge de 85 ans le 20 mai 1893, dix ans après celui de son épouse. Il était marié à Catherine Knoll de Sankt Wendel (Sarre)

De cette union naquirent huit enfants. Après son décès, les patients de Volmunster sont allés consulter un médecin à Hornbach (Palatinat). Ses enfants vendront la maison à la famille Pierre Schaff, charron et son épouse Catherine Horras. En face de la maison d'habitation, Pierre Schaff construira une charronnerie qui sera reprise par son fils Alexis.

Ce ne sera que vers les années 1900 qu'un autre médecin s'installera à nouveau dans le chef-lieu du canton, ce fut le Docteur Stark, originaire de Tauberbischofsheim. Dans un article du Journal d'Est Courrier, Henri Nominé, historien et ancien maire de Sarreguemines, nous parle du docteur Pierre Finckler. Ce qui nous étonne, c'est que nous sommes bien en France sous le règne de Louis-Philippe ; et Pierre Finckler qui étudie dans une université bavaroise vient s'installer à Volmunster, sera élevé au rang de chevalier dans plusieurs ordres par les pouvoirs publics français pour ses éminents services à la population du Pays de Volmunster.


Pierre Finckler, médecin cantonal


D'après   Henri Nominé, Pierre Finckler était le premier médecin de Volmunster et habitait dans la  maison appartenant actuellement à  Joseph Schaff au 7 rue du Hausberg. Sa fille Amélie, née  en 1853 à Volmunster et qui habitait Vic-sur-Seille remit à  Henri Nominé son «Journal à partir du ler janvier 1851». C'est dans ce journal qu'on peut lire le montant des honoraires demandés et les médicaments prescrits à ses clients Dans les écrits que possèdent encore ses descendants comme dans les registres d'Etat Civil, on lui donne la fonction de médecin cantonal. Le médecin se déplaçait probablement en voiture.

 hippomobile dans tous les villages du canton et même dans ceux des cantons limitrophes.


Médecin très apprécié


C'était un médecin très apprécié par la population. D'ailleurs le ministère de l'Agriculture et du Commerce lui décerna en 1869 une médaille d'argent frappée à son nom en reconnaissance du zèle avec lequel il s'était livré à la propagation de la vaccine, qui est une maladie de la vache ou du cheval qui peut se transmettre à l'homme et lui assure ensuite l'immunité variolique. L'inoculation du virus de la vaccine détermine une maladie bénigne similaire qui rend alors l'organisme de l'homme réfractaire aux atteintes de la variole. Ce sera le Préfet de la Moselle qui lui remettra personnellement cette médaille. Dès 1850, il fut nommé membre de la Société des sciences de l’Académie  de l’Enseignement de Pa ris.


Honoraires en nature


D'après les honoraires demandés, il tenait compte de la distance et de la richesse du patient. Le baron d'Eschviller a dû payer 5 F, alors qu’un paysan du même village il ne réclamait que 3 F pour une visite.

Il demandait 10 F pour un accouchement, 1,25F pour une pommade ou des gouttes. La consultation à Volmunster revenait à 50 centimes. Il arrivait que le patient le paye en nature : une «livre de beurre à 15 sous». Si l'on compare les prix en 1851, on constate qu'une livre de beurre coûtait 0,75 F. Donc la consultation à 50 centimes à Volmunster avait la valeur de 334 g de beurre. Dans son journal, il n'indique jamais la maladie du patient, mais il notera les fractures d'os. Comme médicaments, il utilisait surtout de l'alcool de camphre, de l'huile de ricin, de la farine de lin et du sparadrap.


Consultation à distance


D'après ce journal beaucoup de malades venaient en consultation à son domicile, et quand ils ne pouvaient pas se déplacer, ils envoyaient un membre de leur famille qui expliquait les symptômes au médecin. Au chapitre 39 de son livre «Etwas Gegengift», J. J. Weber traite de ce sujet: 

« Questions auxquelles aura à répondre celui qui, pour le malade, se présente au médecin. »

Très souvent, on ne recourait au médecin que lorsque les médicaments de la maison (plantes médicinales, saindoux, eau-de-vie) n'avaient plus d'effets. Comme la sécurité sociale n'existait pas, on ne consultait le médecin que si c'était vraiment nécessaire. A cette époque, beaucoup d'enfants mouraient encore en bas âge, et les adultes qui dépassaient les 50 ans étaient rares d'après les registres d'Etat civil.


Un village sans médecin 


Après la guerre, 1939/1945,  les élus locaux ont réussi à  installer un médecin au château de Volmunster, un dentiste dans la rue de Sarreguemines et ouvrir une pharmacie dans la rue de la  laiterie, après la reconstruction, le cabinet médical et la pharmacie ont été déplacés sur la Place de la mairie ont été  déplacés. Une infirmière  de la Croix rouge  aura son cabinet en face de la boucherie dans les années 1960.

Actuellement, il n’y plus de médecins, ni de dentistes, mais deux cabinets d’infirmiers, un cabinet de kinésithérapeute, un cabinet de chiropractie.

Les  derniers médecins qui se sont installés à Volmunster étaient Doris Cohen, Joseph Wagner et Jean-Marc Miltgen.

Actuellement, pour la plupart des médecins de famille sont  installés soit à Bitche ou  Rohrbach-lès-Bitche. Pour ceux qui n’ont pas de médecin de famille en trouveront à  la première Maison Départementale de la Santé a été inaugurée le  27 janvier 2026 à Bitche. Une première sur le territoire mosellan rendue possible par un étroit travail commun entre le Département de la Moselle et la Communauté de Communes du Pays de Bitche.


Vous pouvez désormais contacter le secrétariat du Centre de Santé au : 03 56 42 00 80
📞 Pour les médecins solidaires de l’Agence régionale de santé (ARS), la prise de RDV continue au : 06 75 62 95 11


Joseph Antoine Sprunck



- Documents remis par Hans Keller et la mairie de Volmunster

 - Les plants des Vosges de Christian et Elisabeth Busser


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