En mai 1993, soixante anciens chasseurs alpins du 159 ème RIA de Briançon, chargés de la surveillance de la frontière allemande de décembre 1939 à février 1940, sont venus en pèlerinage à Volmunster et à Schweyen.
Pour resituer ces anciens, chasseurs alpins, nous avons posé quelques questions à Guy Tartarin, chef de patrouille dans la zone de la chapelle des Saints à Schweyen, durant cette drôle de guerre.
JAS : Où étiez-vous cantonné à cette époque ?
M. Tartarin: Nous occupions une maison à Eschviller. Mon groupe franc devait patrouiller et faire des embuscades la nuit dans le noman's land entre la frontière et la ligne Maginot où tous les villages étaient évacués. A Volmunster, nous y allions quand nous étions de repos.
JAS : Etiez-vous préparés à ce genre d'opération ?
M. Tartarin: Nous n'avions subi aucun entraînement spécifique préparatoire à la guerre de commandos, et mon corps franc, composé d'une trentaine de volontaires, avait plus de motivations que de compétences dans ce domaine.
JAS.: Quelle fut votre première impression en arrivant dans cette région inhabitée ?
M. Tartarin : A 54 ans de distance, je revis encore ce premier contact avec l'atmosphère de la guerre. Le risque était présent cette fois, il faudrait alors faire face. De lourds nuages dans un ciel bas, une neige grise sous le crépuscule froid qui, du corps, passait à l'âme, l'entrée précautionneuse dans un Schweyen vide et qui paraissait hostile et le long défilé des heures dans le silence avant le retour dans nos lignes et la chaleur appréciée de notre logis provisoire. Telle fut notre première expérience deux jours avant Noël où nous avons en guise de cantiques le sifflement des obus d’un duel d’artillerie.
JAS : Y a-t-il eu des tués ?
M. Tartarin: Nous avons eu quelques accrochages, un camarade est tombé, quelques blessés légers et pour moi, seulement, un ceinturon percé par un éclat de grenade.
JAS: Avez-vous souffert du froid ?
M. Tartarin : Notre plus grand ennemi fut le froid. Dans les Alpes il fait froid, mais il y a le soleil et l’air sec. Rien de commun
avec ces heures d'embuscades à plat ventre dans la neige, par moins vingt-trois degrés une certaine nuit, dans l'attente d'un hypothétique ennemi, resté peut-être au chaud.
JAS : Reconnaîtriez-vous encore vos positions?
M. Tartarin: Je crois que je pourrais encore les rejoindre la nuit. La forêt du Kleinbirk, la chapelle des Saints où d’ailleurs j’ai retrouvé les tranchées que nous avions creusées. Jy suis resté une fois trois jours avant d'être relevé.
JAS : Quel souvenir particulier avez-vous de cette période ?
Tartarin: La chasse aux chats, seuls habitants d'Eschviller,
restés sur place, et nous nous régalions du civet de chat mi-
tonné par notre cuistot.
JAS: Quel est votre souhait lors de ce retour sur place avec vos camarades ?
M. Tartarin : Arpenter la crête des pommiers, marcher sans plus, resté une fois trois jours avant d'être relevé.
JAS: Quel souvenir particulier avez-vous de cette période ?
M. Tartarin: La chasse aux chats, seuls habitants d’Eschviller, restés sur place, et nous nous régalions du civet de chat mitonné par notre cuistot.
JAS: Quel est votre souhait lors de ce retour sur place avec vos camarades ?
M. Tartarin : Arpenter la crête des pommiers, marcher sans plus aucune appréhension dans les rues de Schweyen et de Loutzviller, écouter le chant des oiseaux dans le Grosbirk et devant la chapelle des Saints, me recueillir au souvenir des camarades passés par là en cet hiver 1939-1940 et qui ne feront jamais ce pèlerinage.
Joseph Antoine Sprunck
N.B. J'ai rencontré une première fois Guy Tartarin lors d'une cure à La Léchère dans les annéees 1985. Il m'a demandé d'où je venais. Quand j'ai prononcé Volmunster. Il me demanda aussitôt du devenir de ce village.