Max Rigaut (1918-2003) était brigadier, chef des avants-trains de la 3ème batterie du 1er groupe du 8 ème régiment d’artillerie divisionnaire de Nancy, au sein de la 1ème division d’infanterie, la division de fer de 1914-1918. Engagé volontaire par devancement d’appel en octobre 1937, était libérable en octobre 1939. Le sort en a décidé autrement.
Canon 1939
L’offensive Gamelin
Le brigadier Max Rigaut a participé à l'offensive de la Sarre, épisode méconnu d’une guerre qu'il n’a pas trouvé « drôle » Il est déployé dès le 2 septembre 1939 dans le secteur de Rohrbach-Bining, proche de la ligne Maginot. Il est chargé de l'évacuation des civils et du bétail.
À la suite à l'invasion de la Pologne le 1er septembre, la France déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre à 17h. La 11° division d'infanterie est mise en alerte à 11h15, le XXè corps d'armée craignant une attaque de blindés et d'aviation. Toutes les batteries sont prêtes à faire feu, camouflages en place et personne « à vue » sur les positions. Le généralissime Gamelin déclenche une opération le 5 septembre sur le front Ouest afin de soulager l'armée polonaise. Dans ce contexte, l'objectif du 2° groupe d'armée commandé par le général André-Gaston Prételat est la région sarroise. Il faut progresser dans la zone en avant de la ligne Siegfried. C'est une sorte de rectification du front pour résorber deux saillants, celui de la Warndt et celui de la Blies. Onze divisions sont engagées dans cette offensive. Dans la nuit du 5 au 6 septembre 1939, les unités françaises avancent avec précaution dans la partie évacuée par l’ennemi.
Le train a été auparavant piégé et truffé de mines, ce qui a provoqué la mort de nombreux hommes.
La frontière est franchie. La forêt de la Warndt est prise par la 42° division d'infanterie tandis que la IVe armée dans laquelle est incorporée la 11ª division d'infanterie (11° DI) occupe les villages de Karlsbrunn et Saint-Nicolas (Sankt Nikolaus). La Ill° armée avance sur son secteur plus au nord, en avant de Thionville, et prend Biringen. La progression prend ensuite la direction de l'est en repassant sur le côté français de la frontière. Pour la 11° DI, le contact avec l’ennemi est établi le 9 septembre 1939. La division est en place depuis 1h du matin et attaque à 3h30 dans la boucle Sarre-Blies.
Le 26° régiment d'infanterie (26° RI) marche sur la Blies, appuyé par le groupement A du 8e régiment d'artillerie divisionnaire (8° Rad). Le 170 ème régiment d'infanterie avance vers la Sarre, appuyé par le groupement B. Les chasseurs, appuyés par le groupement C, s'apprêtent à franchir la Sarre.
L'offensive se déroule normalement, sans tirs des batteries jusqu'en début d'après-midi. Là, les ponts sur la Sarre sautent et le 170€ RI, qui a atteint les lisières nord du bois de Voderwald, est accroché par des éléments ennemis légers amenés par camions et des automitrailleuses.
Le 26° RI, pour sa part, a avancé sans encombre. Les autres divisions avancent également en territoire allemand. Sur les flancs, des chars Renault R35 du 20° bataillon de chars le combat avancent au nord de Bliesbruck.
Prise de plusieurs villages
Le 10 septembre, le 170° RI et les chasseurs reprennent l'attaque et s'emparent d' Hinterwald. Le 26° RI, appuyé par le feu du 8e Rad se déploie au nord d'Hitlersdorf (aujourd'hui Sitterswald) et finit par emporter la localité. Dans le secteur de la 42° DI, une contre-attaque allemande prend Apach, mais le soir-même, le village est repris par les Français. Toujours sur les flancs, le 32° régiment d'infanterie est accroché, mais reprend le village de Brenschelbach au prix d'un officier et huit hommes de tués. Le 11 septembre, les Français maintiennent leurs positions et le 8e Rad, dans son secteur, doit effectuer des tirs de barrage pour empêcher une contre-offensive allemande vers le bois de Vorderwald. Le 12 septembre, une tentative prendre le Birnberg, objectif depuis le 10, évolue. Les positions sont maintenues et le 8ème Rad effectue une concentration de tirs sur les carrières du Bimberg.
Néanmoins, la progression se poursuit et au soir du 12 septembre, les Français occupent, sur le secteur saillant de la 11° Di, les villages allemands de Gersheim, Niedergailbach, Medelsheim, Bliesmengen,
Brenschelbach, Kleinblittersdorf et Auersmacher, et sur l'autre secteur saillant les villages d'Ihn, Ludweiler, Lauterbach et Niedaltdorf.
L’arrêt de l’offensive
À partir de cette date et devant l'effondrement de l'armée polonaise, le généralissime Gamelin prend une décision lourde de conséquences et qui pèsera sur la suite immédiate de la guerre. Il fait stopper l'offensive. En effet, prenant le prétexte de la capitulation de la Pologne, Gamelin fait approuver sa décision de ne plus attaquer lors de la première réunion du conseil suprême de guerre allié à Abbeville. La conquête représente un territoire de 25 km de long sur 5 à 8 km de large et la ligne Siegfried n'est pas attaquée.
Les Allemands continuent l'offensive
Malgré tout, les Allemands ne restent pas inactifs et bombardent régulièrement les troupes françaises. Les batteries du 8° Rad doivent régulièrement riposter comme les 13, 21 et 22 septembre. Les 26, 29 et 30, les positions du régiment sont bombardées par des obus de 105.
Le 4 octobre, alors que les troupes tiennent facilement et fermement leurs positions en territoire ennemi, le général Georges, chef des 1er et 2ème groupes d'armées du Nord et du Nord-Est, fait replier toutes les unités derrière la ligne Maginot. Néanmoins, la 11° DI se maintient en territoire allemand dans la boucle Sarre-Blies.
Le 16 octobre à 16h, une forte concentration de troupes d'assaut aguerries, appuyées par l'artillerie, attaquent les positions de la 11° DI. Leur progression est ralentie par les tirs bien ajustés du 8° Rad, ce qui permet aux autres unités de se replier sur leurs positions de soutien.
Dans la nuit, les batteries se déplacent sans cesse pour appuyer de leur mieux les troupes harcelées de toute part.
Le 17 octobre, trois des quatre ponts montés par le génie sur la Sarre ont été emportés par une crue et rendent le repli difficile. L'artillerie française, et notamment le 8e Rad et le 208° régiment d'artillerie lourde divisionnaire, parviennent à ralentir la progression ennemie de plusieurs heures. A 18h, toutes les troupes ont rejoint le territoire français. Les 1er et 3º groupes du 8° Rad ont tiré plus de 4 000 coups dans cette seule journée du 17 octobre. Du 18 au 23 octobre, le régiment bombarde la boucle et détruit systématiquement les ponts sur la Sarre.
Repli des Français sur la ligne Maginot
Par la suite, le régiment se replie sur la ligne Maginot où il reste en position. Le 12 mai 1940, les Allemands attaquent la ligne de la Moselle aux Vosges. Là aussi, Max Rigaut sera chargé de protéger le repli des troupes d'infanterie et sera souvent le dernier échelon à se replier.
Au soir du 12 septembre, les Français occupent, sur le secteur saillant de la 11° DI, les villages allemands de Gersheim,
Niedergailbach, Medelsheim, Bliesmengen,
Brenschelbach, Kleinblittersdorf et Auersmacher, et sur l'autre secteur saillant les villages d'Ihn, Ludweiler, Lauterbach et
Niedaltdort.
À partir de cette date et devant l'effondrement de l'armée polonaise, le généralissime Gamelin prend une décision lourde de conséquences et qui pèsera sur la suite immédiate de la guerre. Il fait stopper l'offensive. En effet, prenant le prétexte de la capitulation de la Pologne, Gamelin fait approuver sa décision de ne plus attaquer lors de la première réunion du conseil suprême de guerre allié à Abbeville. La conquête représente un territoire de 25 km de long sur 5 à 8 km de large et la ligne Siegfried n'est pas attaquée.
L’offensive allemande de mai 1940, fondée sur une percée rapide à travers les Ardennes, met en échec le dispositif allié. Les choix stratégiques de Gamelin, bien qu’inscrits dans une doctrine largement partagée, apparaissent inadaptés à la guerre de mouvement menée par la Wehrmacht.
Les limites du système de commandement, la lenteur de réaction et la supériorité allemande en matière de coordination interarmes expliquent largement la défaite de 1940, au-delà de la seule responsabilité individuelle.
Le général Maurice Gamelin est relevé de ses fonctions le 19 mai 1940 et remplacé par le général Weygand.
Bombardement par les Allemands
Malgré tout, les Allemands ne restent pas inactifs et bombardent régulièrement les troupes françaises. Les batteries du 8° Rad doivent régulièrement riposter comme les 13, 21 et 22 septembre. Les 26, 29 et 30, les positions du régiment sont bombardées par des obus de 105.
Le 4 octobre, alors que les troupes tiennent facilement et fermement leurs positions en territoire ennemi, le général Georges, chef des er et le groupes d'armées du Nord et du Nord-Est, fait replier toutes les unités derrière la ligne.
Maginot. Néanmoins, la 11° DI se maintient en territoire allemand dans la boucle Sarre-Blies.
Le 16 octobre à 16h, une forte concentration de troupes d'assaut aguerries, appuyées par l'artillerie, attaquent les positions de la 11° DI.
Leur progression est ralentie par les tirs bien ajustés du 8° Rad, ce qui permet aux autres uni tés de se replier sur leurs positons de soutien.
Dans la nuit les batteries se déplacent sans cesse pour appuyer de leur mieux les troupes harcelées de tout part.
Le 17 octobre, trois des quatre ponts montés par le génie sur la Sarre ont été emportés par une crue et rendent le repli difficile. L'artillerie française, et notamment le 8e Rad et le 208° régiment d'artillerie lourde divisionnaire, parviennent à ralentir la progression ennemie de plusieurs heures. A 18h, toutes les troupes ont rejoint le territoire français. Les 1er et 3º groupes du 8° Rad ont tiré plus de
4 000 coups dans cette seule journée du 17 octobre. Du 18 au 23 octobre, le régiment bombarde la boucle et détruit systématiquement les ponts sur la Sarre.
Par la suite, il se replie sur la ligne Maginot où il reste en position. Le 12 mai 1940, les Allemands attaquent la ligne de la Moselle aux Vosges. Là aussi Max Rigaut sera chargé de protéger le repli des troupes d’infanterie et sera souvent le dernier échelon à se replier.
Pour lui , c’est la fatigue, le froid (jusqu’à -20°) en Alsace en novembre), la neige (20 cm en une nuit le 14 février 1940), les ordres et contrordres souvent incompréhensibles, le soin
constant qu'il doit apporter à ses chevaux sans lesquels tout mouvement de batterie est impossible, car ses précieux chevaux affrontent les chevaux ennemis, mécaniques, ceux-tà!
Le brigadier se désespère aussi de voir l'armée française dans cet état, de voir ses camarades tués ou blessés, de voir la fuite des civils apeurés et souvent mitraillés par l'aviation ennemie.
Il est démobilisé le 24 août 1940 à Limoges.
Une décision incompréhensible
L'opération en Sarre a coûté environ 2 000 soldats français morts, blessés, malades. L'ennemi bénéfice alors de huit mois de délai afin de préparer son offensive générale. Avec les semaines qui s'écoulent, l'armée allemande commence à appliquer son plan pour la concentration des unités chargées de l'offensive incluant l’i invasion de la Hollande, de la Belgique, du Luxembourg et de la France. L'objectif crucial, Sedan, dit Schwerpunkt, doit être atteint a travers les Ardennes belges pour emboutir le dispositif
français, contourner la ligne Maginot et réaliser la percée et son exploitation.
L‘état-major allemand lui-même a reconnu que si les Français avaient poursuivi l'offensive, la suite des événements aurait sans aucun doute été différente. Pour le général Guderian, « l'état-major était dans l'étonnement de ce que les Français n'aient pas profité de l'occasion qui s'offrait. Il était impossible à cette époque de comprendre les raisons de cette abstention »
Le Feld-maréchal Jodi a reconnu, à Nüremberg, qu'en 1939, « la catastrophe ne fut évitée que parce que les 100 divisions que possédaient approximativement les Français et les Anglais demeurèrent complètement inactives devant les 23 divisions allemandes de l'Ouest ! ». Pour le général Hadler, « si les Français avaient attaqué au début de septembre, ils auraient aisément atteint le Rhin, qu'ils pouvaient franchir sans résistance sérieuse ». Le général Siegfried Westphal s'est montré encore plus catégorique. « Si les Français avaient attaqué dans la 1re quinzaine de septembre avec le gros de leurs forces, ils auraient atteint le Rhin en 15 jours. Quelle situation en serait-il résulté pour l'Europe? Il est probable que le régime nazi se serait écroulé dès l'automne 1939. Par sa passivité, la France a laissé passer une grande chance de donner, sans grand risque, une toute autre orientation au sort de l'Europe! » D'autres diront que la progression aurait été ralentie par le manque de divisions blindées. C'est moins la qualité et la quantité que l'utilisation des chars dont il est question. La France et l'Allemagne avaient à peu près la même quantité de chars en 1940, et les chars français étaient supérieurs aux Panzer allemands notamment au niveau de leur blindage et de leur force de frappe. Mais comme l'a dit le général Delestraint, le problème c'est que pour 3 000 chars, les Allemands formaient trois divisions de 1000 chars, quand les Français employaient 1 000 paquets de trois chars disséminés en appuis d'infanterie! De plus, le ravitaillement était aussi le talon d'Achille des unités blindées françaises et on peut effectivement s'interroger sur leur capacité à rallier si rapidement le Rhin...
Philippe Vuillaume, UNC-39
Ce texte a été publié dans la Voix du combattant N°1917
Maurice Gamelin est l’homme qui disposait des moyens, des renseignements et du temps. L’homme qui aurait pu frapper en 1939, contenir en 1940, et qui n’a rien fait. Aucun autre commandant allié n’a laissé échapper autant d’occasions, ni provoqué une défaite d’une telle ampleur par simple incapacité à comprendre la guerre de son temps. S’il est aujourd’hui largement oublié, ce n’est pas par hasard. Son souvenir dérange, car il rappelle une vérité inconfortable : parfois, les catastrophes ne naissent pas de l’audace de l’ennemi, mais de l’immobilisme de ceux qui avaient la charge de l’empêcher.
(Notre histoire)
Le commandant allemand du 127 ème régiment stationné à Zweibrücken m’a affirmé quand je l’ai rencontré dans les années 1985: « Quand l’armée allemande était en Pologne,
l’armée française aurait pu aller facilement jusqu’à Berlin. »